Bientôt le premier hamburger in vitro

Bientôt le  premier hamburger in vitro

Fabriquer des hamburgers sans devoir abattre une vache ou encore cultiver de la viande en laboratoire. Cela relève de la science-fiction, direz-vous. Pas du tout, car grâce aux recherches du professeur Mark Post et de son équipe à l’Université de Maastricht, bientôt le premier hamburger in vitro verra le jour. Dr. Nynke van den Akker commente cette nouvelle avancée scientifique.

A quoi ressemblera ce tout premier hamburger synthétique ?

N.v.d.A.: « En fait, à un hamburger classique. Jusqu’à présent nous avons déjà cultivé de nombreux tissues musculaires dont nous allons fabriquer un véritable hamburger. Nous allons le cuire et le faire goûter. L’idée en soi est déjà assez ancienne :  dans les années ’30 Winston Churchill avait déjà suggéré l’idée de cultiver de la viande synthétique. Il est absurde d’élever et d’alimenter un animal entier, alors que finalement on en consomme qu’une toute petite partie.


Durant ces dernières décennies, le professeur Mark Post a effectué différentes expérimentations, qui n’ont pas abouti à la production de viande à proprement parlé, mais qui ont permis d’ examiner la méthode et la faisabilité de ce concept. Maintenant que nous disposons du financement nécessaire, nous avons fondé à l’Université de Maastricht une unité de recherche : avec toute une équipe nous travaillons à la réalisation de ce projet de viande in vitro. »


En quoi la consommation de viande pose-t-elle problème actuellement ?

N.v.d.A.: « Aujourd’hui 70% de la superficie totale de la terre est destinée à la production de viande, allant des prés pour faire paître les animaux jusqu’aux cultures pour la fabrication d’aliments pour animaux.


D’autre part les émissions de gaz à effet de serre d’un tel cheptel sont très élevées : au niveau mondial près de 20% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’élevage de bétail : c’est plus que pour l’ensemble du trafic automobile. De plus une vache est très inefficace : pour 100gr de matières organiques consommées par un bovin, celui-ci ne produit que 15gr de matières animales.

 

Par ailleurs l’Organisation mondiale de la santé prévoit que la demande de viande en 2030 atteindra les  376 millions de tonnes, contre 218 millions de tonnes durant la période de 1997-1999. D’ici 2050 la demande de viande aura très probablement doublé, notamment dans les pays émergents comme l’Inde et la Chine. La production actuelle du viande est donc insuffisante. »


Une alternative végétarienne ne serait-elle pas plus intéressante ?

N.v.d.A.: « L’alimentation végétarienne est également  une option, mais nous savons combien il est difficile de changer les habitudes alimentaires des gens. On ne peut pas imposer aux gens ce qu’ils doivent manger. Il est donc irréaliste de croire que la population mondiale deviendra massivement végétarienne. D’ailleurs les chiffres démontrent que la demande de viande ne cesse d’augmenter au lieu de baisser. »


Y a-t-il d’autres avantages liés à la viande in vitro ?

N.v.d.A.: « Le fait de cultiver de la viande en laboratoire permet de la rendre plus saine et constitue donc un grand avantage. Nous pouvons entièrement définir la composition en graisses, comme par exemple la teneur en graisses saturées et non-saturées. Le taux de sel peut également être déterminé et si nécessaire on peut même y ajouter des vitamines ou des substances alimentaires. »


Cette ‘nouvelle viande’ pourra-t-elle être rentable, économiquement parlant ? Actuellement les consommateurs recherchent avant tout les prix les plus bas ?

N.v.d.A.: « Nous avons analysé cette question à de multiples reprises et il semble que ce projet soit parfaitement commercialisable sur le marché.  Personnellement je pense que le consommateur sera prêt à accueillir ce nouveau concept. Pour preuve, on constate aujourd’hui un intérêt grandissant pour une alimentation saine et une demande accrue de viande bio. Les gens sont conscients que le système actuel ne tiendra pas. Pensez par exemple au scandale de la viande de cheval.


Certes, le prix reste une préoccupation importante. Pour l’instant la fabrication d’un hamburger coûte 200.000 euros. Il y a donc encore un long chemin à parcourir, tant au niveau technique qu’au niveau du procédé, mais nous sommes convaincus qu’à l’avenir  nous pourrons proposer un prix tout à fait concurrentiel. »


Qu’adviendra-t-il du bétail et surtout des éleveurs ?

N.v.d.A.: « La viande in vitro a pour but de répondre à la demande croissante de viande dans le futur, car l’élevage classique avec ses méthodes de production actuelles n’y parviendra pas.  La viande synthétique constituera donc avant tout un complément et non pas une concurrence.


Soulignons quand même que le premier hamburger – tel que nous le présenterons au public d’ici peu – n’est qu’un prototype. Les choses se concrétisent, mais il y a encore du pain sur la planche avant que nous puissions commercialiser cette méthode. »

 


Vous souhaitez en savoir plus ? Venez assister à la conférence de Nynke van den Akker, lors de l’avant-programme ‘Sustainability’, précédant le Congrès retaildetail du jeudi 25 avril à Schelle.  Découvrez ici la totalité du programme et inscrivez-vous via www.retaildetailcongres.be.

 

 

Traduction : Marie-Noëlle Masure

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