Ahold-Delhaize : une reprise plutôt qu’une fusion | RetailDetail

Ahold-Delhaize : une reprise plutôt qu’une fusion

Ahold-Delhaize : une reprise plutôt qu’une fusion

Ahold et Delhaize confirment les rumeurs qui circulent depuis des années : ils entament des pourparlers concernant une fusion. Mais ces discussions tourneraient plutôt autour d’une reprise de Delhaize par Ahold que d’une fusion entre les deux parties.

Fuite d’information dans le presse, mauvais départ

Basée sur trois sources indépendantes anonymes, la première fuite d’information dans De Tijd a immédiatement été reprise par d’autres médias et analystes financiers. Ahold s’est vu contraint d’admettre que l’entreprise menait des discussions avec Delhaize. Ce qui augmente la pression.


Peu importe la raison, il semblerait que plusieurs personnes chez Delhaize et/ou Ahold aient intérêt à ce que les pourparlers naissants soient divulgués. Le fait que la fuite d’information soit apparue dans De Tijd, laisse à penser qu’elle proviendrait du camp Delhaize.


Il s’agit peut-être d’une réaction face à une reprise qui est plus difficile à accepter qu’une fusion. De toute façon, cette fuite d’information n’est pas un début encourageant pour mener des discussions exploratoires.


La disparité entre Ahold et Delhaize n’a cessé de croître

L’annonce a provoqué une forte hausse des cours des actions des deux entreprises. Elle est également source de spéculations puisque les deux retailers se complètent parfaitement au niveau géographique, tant en Europe qu’aux Etats-Unis qui est le marché le plus important pour les deux sociétés.


Il est plutôt étonnant qu’aucune fusion n’a été conclue jusqu’à présent : en 2006, les deux parties étaient proches d’un accord, mais il paraît qu’à l’époque, le ‘petit’ Delhaize avait refusé parce qu’il souhaitait une fusion entre deux groupes semblables. Le ‘grand’ Ahold n’a pas voulu souscrire à cette demande.


Aujourd’hui en 2015, cette disparité est encore plus importante. En 2006, Ahold était en plein redressement économique suite aux scandales financiers qui avaient éclaté en 2003. Entre temps, Ahold est sur la bonne voie et s’est repris de façon spectaculaire. Le groupe a développé une grande expérience online en Europe et aux Etats-Unis.


Ahold génère davantage de CA et de bénéfice que Delhaize

Par contre, Delhaize fait face à des difficultés sur le marché intérieur belge. Une réorganisation est indispensable – c’est pour cette raison que le néerlandais Frans Muller a été nommé CEO – et l’entreprise Delhaize est consciente qu’elle génère beaucoup moins de chiffre d’affaires et de bénéfice que son partenaire de fusion.


Quelques chiffres : en 2014, les 3.402 magasins Delhaize ont engendré un chiffre d’affaires de 21,4 milliards d’euros. Ahold, qui possède un peu moins de magasins (3.206), enregistre un chiffre d’affaires nettement plus élevé, 32,8 milliards d’euros. En 2014, un magasin de Delhaize Group réalisait un chiffre d’affaires moyen de 6,29 millions d’euros, alors que le chiffre d’affaires moyen d’un magasin Ahold est de 10,23 millions d’euros, 63 pour cent de plus que chez Delhaize.


En ce qui concerne la rentabilité, Ahold est également nettement plus performant que Delhaize Group : en 2014, le bénéfice d’exploitation (EBIT) de 1,3 milliard d’euros est 70 pour cent plus élevé que les 760 millions d’euros chez Delhaize. En net, la différence est encore plus élevée, avec une différence de 594 millions d’euros en faveur d’Ahold. Cela représente 6,7 fois plus que chez Delhaize, qui consacre des millions à la réorganisation et qui, du coup, enregistre un maigre bénéfice net de 89 millions d’euros. Ahold s’est même récemment lancé dans une nouvelle série de rachats d’actions propres. 


Les grandes synergies ont un prix

Quelle est l’avantage d’une fusion pour les deux parties ? Delhaize peut profiter de l’expérience d’Ahold pour améliorer sa rentabilité de ses opérations retail. Ahold est bien plus rentable, et ce malgré le fait que le groupe emploie davantage de collaborateurs (227.000 personnes par rapport à 150.000 employés chez Delhaize). Mais que recherche Ahold dans une entreprise qui génère nettement moins de bénéfices ?


Puisque des centaines de personnes risquent de perdre leur emploi chez Delhaize, les syndicats belges sont déjà en état d’alerte. Ce n’est pas pour rien que jusqu’à présent, Albert Heijn a opté pour une croissance progressive et organique en Belgique. Une reprise éventuelle des emplacements Carrefour n’a jamais été à l’ordre du jour pour les Néerlandais étant donné que les syndicats y exercent un trop grand pouvoir.


Par contre, c’est le prix qu’Ahold devra payer pour acquérir les grandes synergies en Europe (Benelux et Europe centrale) et aux Etats-Unis. Tout le monde sait que l’entreprise qui découlera de la fusion entre Ahold et Delhaize sera davantage que la somme des deux : Rabobank estime que les réductions potentielles des coûts peuvent atteindre le milliard d’euros, notamment grâce à de meilleures conditions d’achat via des achats en commun et grâce à la réduction des frais généraux.


Un échange des connaissances créera une multitude de synergies, et c’est à ce niveau-là que Delhaize peut apporter sa pierre à l’édifice. Sur le marché nord-américain de haute importance, Delhaize USA enregistre une meilleure croissance du chiffre d’affaires comparable qu’Ahold USA. Et aux Pays-Bas, Albert Heijn peut également bénéficier de la connaissance des produits et des contacts avec les fournisseurs de Delhaize.


Albert Heijn aspire à une gamme plus surprenante et variée qui lui permettra de se différencier de la concurrence. Les connaissances et les contacts de Delhaize peuvent y contribuer de manière significative. Comme Albert Heijn peut être exotique pour les consommateurs belges, Delhaize l’est également aux Pays-Bas.


Ahold, partenaire séduisant grâce à son expérience online

Ahold a encore davantage à proposer à Delhaize. Pensez à l’extraordinaire expérience online que l’entreprise a développée tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Dans le AH XL à Eindhoven, Albert Heijn intègre explicitement AH.nl et Bol.com dans l'opération d’achat physique. Albert Heijn construit graduellement un réseau de points de collecte et possède une expérience de plusieurs décennies dans la livraison à domicile. C’est une option que les retailers belges ont toujours dénigrés à cause des frais de livraison exorbitants, mais dans un processus omnichannel sérieux, il est primordial que le retailer puisse livrer à l’endroit souhaité par le consommateur.


De plus, la livraison à domicile attire également des clients B2B, comme des entreprises, des crèches ou d’autres clients institutionnels avec des volumes de commandes bien plus importants. Ces tailles de commandes peuvent rendre la livraison à domicile rentable. Mais il est sûr que les frais élevés relatifs aux derniers mètres jusqu’au client pèsent lourds dans la balance des retailers en ligne. L’e-fulfilment moderne est dès lors une condition préalable pour la survie du retailer. A ce niveau-là, Ahold représente un atout majeur pour Delhaize.


A New Jersey, Ahold a ouvert un centre e-fulfilment hypermoderne et complètement automatisé qui conjugue haute efficacité et coûts peu élevés. Une amélioration du rendement, tant dans le processus en ligne qu’offline, voilà ce qu’Ahold peut encore apprendre à Delhaize.

 

Néanmoins, la question qui se pose maintenant est la suivante : Ahold a-t-il encore envie du combat que Delhaize doit mener en Belgique. Cela pourrait être la raison pour laquelle le mariage de rêve entre Ahold et Delhaize soit un échec, et ce même avant qu’il ne soit conclu.


Delhaize : d’AMS vers Coopernic et retour ?

Il y existe un autre fait remarquable à souligner. Il y a peu de temps, Delhaize quittait AMS, l’alliance européenne d’achat, pour rejoindre Coopernic. Ahold est le membre dominant d’AMS et il semblerait que Delhaize n’avait aucune envie de dévoiler une partie de ses conditions d’achat à Ahold, étant donné qu’Albert Heijn est un concurrent sur le marché belge.


Puisqu’au niveau des achats européens, Delhaize a tourné le dos à Ahold, il semblerait que c’est Ahold qui a pris l’initiative des pourparlers actuels. Pourquoi Delhaize aurait-il quitté AMS pour présenter une bague de fiançailles à Ahold quelques mois plus tard ? Pour l’instant, tout est encore à un stade très précoce, mais si les deux parties avaient été en discussions depuis un certain temps, le départ de Delhaize d’AMS n’aurait aucun sens.


Cela peut néanmoins avantager Delhaize dans ses pourparlers avec Ahold. A l’heure actuelle, le retailer français E. Leclerc fait également partie de Coopernic et AMS approuvera certainement l’affiliation d’un important retailer français.


Pas de fusion mais une reprise

Alors que les discussions entre Ahold et Delhaize ont été confirmées, il faut néanmoins patienter pour savoir si elles aboutiront à un accord où toutes les parties intéressées peuvent se retrouver et où les différentes cultures organisationnelles peuvent se concilier en un ensemble harmonieux.

 

Compte tenu de la sensibilité du sujet, on parle officiellement d’une fusion ou – comme mentionné par les deux parties – d’une association des deux entreprises. Vu la réalité, il s’agirait plutôt d’une reprise de Delhaize par Ahold qui est plus important, plus rentable et mieux préparé à l’avenir omnichannel.


Voilà le message que Dick Boer et Frans Muller doivent faire passer de manière diplomatique à l’arrière-ban. Un défi en soi, certainement maintenant avec trois fuites d’information provenant de la table des négociations. D’autre part, vu la situation actuelle dans le retail, aucune organisation ne peut échapper à ce genre de défis.

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