Editorial : Amazon Go bouleverse l’univers des supermarchés

Editorial : Amazon Go bouleverse l’univers des supermarchés

Et si vous pouviez entrer dans un magasin, y prendre ce dont vous avez besoin et en ressortir tout simplement ? Avec cette simple question Amazon lance une véritable bombe dans l’univers des supermarchés. Amazon Go c’est le ‘convenience’ 4.0 et une sonnette d’alarme pour les retailers alimentaires.

L’expérience d’achat transformée

Amazon Go incarne-t-il le supermarché du futur ? A en croire la vidéo intrigante diffusée sur YouTube, Amazon est parvenu à trouver une solution à un défi majeur auquel sont confrontés les supermarchés : accélérer et simplifier le processus de paiement pour éviter les files d’attente à la caisse.


Face à Amazon Go, les applications de quick-scanning et de self-scanning semblent soudainement complètement dépassées et les tests avec les codes QR pour paiement mobile risiblement primitifs. Voilà une vraie innovation qui transforme fondamentalement l’expérience d’achat.


La vraie innovation vient de l’extérieur

Cette innovation ne vient pas d’acteurs du secteur comme Walmart, Carrefour, Tesco ou Ahold Delhaize, pour ne citer que quelques-unes des enseignes, qui s’accrochent à un modèle de supermarché resté quasi inchangé depuis plus de 50 ans. L’innovation vient d’Amazon, une entreprise technologique qui en un rien de temps a chamboulé tout le secteur du retail. Désormais les Américains vont non seulement révolutionner le système de paiement , mais également la gestion de l’assortiment, le merchandising et la personnalisation, et tout cela dans un magasin physique truffé de capteurs et de dispositifs d’intelligence artificielle.


A noter que les technologies appliquées par Amazon sont en grande partie les mêmes que celles utilisées pour la conception de la voiture autonome. Intéressant, car là aussi dans le secteur automobile la vraie innovation ne vient pas du secteur lui-même, mais d’acteurs tels que Google.

 

Amazon n’est plus un e-tailer

Ou autrement dit : l’e-commerce n’existe plus, c’est devenu du simple commerce. « Soyez au service du client quels que soient le moment, l’endroit ou la manière », tel est le nouvel adage auquel répond  Amazon en construisant des convenience stores physiques, qui garantissent un parcours client optimal. Amazon l’a bel et bien compris : pour satisfaire les besoins immédiats des consommateurs, il n’y a pas de meilleure solution qu’un magasin en briques, proche des clients. Le canal online ne peut combler ce besoin de ‘convenience’, mais le convience store phsyique oui, à condition qu’il s’améliore fondamentalement. Dans ce domaine Amazon Go peut être considéré comme la version 4.0.


Plusieurs observateurs prévoient qu’Amazon tôt ou tard reprendra une grande chaîne de supermarchés. Dans ce cas, il n’y aura plus de limites pour Amazon, ce qui ne signifie pas que le retailer se désintéressera du potentiel qu’offrent les solutions online pour le secteur FMCG. Un outil comme le bouton de commande Amazon Dash par exemple vise d’autres moments d’achat tout simplement. Non, la fin de l’hégémonie d’Amazon n’est pas encore en vue.


Temps de se réveiller

La presse américaine considère surtout Amazon Go comme un ‘job killer’. Dans tout secteur l’automatisation constitue une menace pour les emplois peu qualifiés, c’est le cas également dans le retail. Pourvu qu’Amazon Go déclenche la sonnette d’alarme chez les retailers alimentaires : Amazon fait ce qu’ils ne font pas, à savoir innover radicalement. Le business model du supermarché vacille, mais jusqu’à présent les chaînes de supermarchés se limitent à des demi-mesures : réduire un peu les coûts par le self-scanning, améliorer un peu l’expérience en magasin en installant un stand à sushis ou faire un peu d’e-commerce si on ne peut faire autrement. Tout semble se faire sans trop de  de conviction, avec parcimonie.


Mais maintenant qu’un acteur technologique vient vraiment s’en mêler, les retailers alimentaires classiques risquent de subir le même sort que  les sociétés de disques et les vidéothèques, à moins qu’ils ne réagissent au plus vite. Dans quel délai ? Personne ne le sait. Une chose est sûre : we ain’t seen nothin’ yet…