Filet Pur : Arrêtez de penser !

Shutterstock.com

Qu'avons-nous au menu cette semaine ? Une soupe de plastique au pollen de fleurs sauvages, des algues marines et des fausses crevettes, entre autres. A déguster dans le résumé hebdomadaire de RetailDetail Food.

 

Oeufs bios aux grains anciens

Cette semaine nous avons reçu un sympathique e-mail de la chaîne de boulangerie Le Pain Quotidien. Vous savez bien : ces établissements pour hipsters où les clients, installés à de grandes tables d'hôtes, ne se parlent pas, car trop occupés à poster leur petit-dejeuner sur Instagram. "Nous avons une nouvelle carte!" Avec des superfoods  ultra-sains et de multiples recettes véganes et sans gluten! N'hésitez pas à venir goûter!" Nous n'avons hélas pas encore eu le temps de nous y rendre, mais cette annonce a néanmoins éveillé notre curiosité. Un rapide coup d'œil au menu nous apprend que l'œuf à la coque bio (3,99€) est  toujours à la carte, mais que désormais on peut également y commander de la salade de fruits au pollen de fleurs sauvages (5,49€) ou un breakfast bowl aux grains anciens (14,49€). Nous constatons aussi qu'un toast avocat y coûte 12,99€  et un croque 14,49€.  Certes, un croque au pain de blé au levain bio, mais quand même.

 

On pourrait penser qu'en demandant de tels prix ils auraient les moyens de se payer un traducteur décent, mais non: visiblement la carte a été négligemment traduite via Google Translate. On pourrait penser aussi qu'avec de tels prix ils auraient pu réaliser des marges décentes, mais non : l'an dernier ils ont essuyé une perte de pas moins de 5,7 millions d'euros. Une perte qui s'explique entre autres par la démission de la quasi-totalié de l'équipe directionnelle. On pourrait penser que le départ du management permettrait de sérieuses économies, mais non : ce départ a coûté près de deux millions d'euros. Un bonus parce qu'ils avaient si bien fait leur travail, pourrait-on penser. Mais bon, arrêtons de penser.

 

La soupe de plastique

Pourtant Le Pain Quotidien répond à toutes les tendances du moment. C'est ce qui vient d'être confirmé par un nouveau rapport des Nations Unies concernant les changements climatiques : si nous ne diminuons pas considérablement notre consommation de viande, la planète sera perdue. "Nous devons tous devenir flexitariens", tel est le message. Un message qui, nous semble-t-il, n'a pas été accueilli avec grand enthousiasme par le consommateur moyen, ni par l'industrie alimentaire. Alors qu'actuellement la technologie permet déjà d'imprimer en 3D des aliments durables, de cultiver de la viande en labo et de produire des pseudo-crevettes véganes à base d'algues. L'eau ne vous monte pas à la bouche ? C'est bien ce que je pensais, et c'est précisément là le problème.

 

Eh oui, tout le monde veut du changement, mais personne ne veut changer. Prenez par exemple cette poignée de grandes multinationales FMCG qui font la loi dans les supermarchés. Ces géants sont non seulement largement responsables de l'épidémie d'obésité, mais également de la majeure partie des déchets sauvages et de la soupe de plastique. C'est ce qu'affirme Greenpeace dans une nouvelle étude. Mais fait étonnant, les accusés  avouent leur faute : "Nous le savons. Nous y travaillons. Ça va s'arranger!" Du moins c'est ce qu'ils affirment officiellement. Car en coulisses de grands acteurs comme Coca-Cola, Danone, Nestlé et PepsiCo tentent d'empêcher les mesures européennes. C'est du propre !

 

Quantités records de boissons

Mais passons maintenant à une info plus réjouissante : après quelques trimestres désastreux, Carrefour semble remonter la pente petit à petit. Même en Belgique. Ces derniers mois, exceptionnellement, il n'y a pas eu de grèves et la météo a été très favorable. Quasi toutes les enseignes de supermarchés ont vendu des quantités records de boissons, de glaces et de viande pour BBQ. Quant à savoir si l'amélioration est structurelle, l'avenir nous le dira, car question grèves cela s'annonce mal.

 

En effet, après cinq conseils d'entreprise extraordinaires, six réunions de négociations et de multiples actions de protestation, il n'y a aucune avancée dans le plan de restructuration du Groupe Mestdagh, le plus grand partenaire de franchise de Carrefour Belgium. Résultat : la semaine dernière les magasins ont gardé porte close. Pas vraiment une bonne idée pour sauver le navire en détresse, nous semble-t-il, mais les syndicats en ont jugé autrement. Pourtant le temps presse pour le plan social, car à partir de l'an prochain les prépensions à 56 ans ne seront plus une option.

 

Océan bleu

La concurrence frontale : ce n'est pas un bonne idée, selon les célèbres stratèges Océan bleu, Chan Kim et Renée Mauborgne, mais chez Lidl ils s'en fichent complètement. Ou alors ils n'ont pas lu ce fameux bouquin. Le discounter a  en effet décidé de lancer ses actions non-food le mercredi et le samedi au lieu du lundi et du jeudi. Exactement les mêmes jours que son éternel rival Aldi. Mais c'est une coïncidence, assure le discounter : nous procédons à ce changement uniquement à la demande du client. Bien sûr.


La concurrence frontale est également la raison pour laquelle Alvo s'est vu contraint de fermer son magasin de Neerpelt à peine deux mois après son ouverture, way back in 2016. Mais entretemps l'exploitant Jan Dams a bien réfléchi et a changé d'avis. Cette fois, ça va marcher, estime-t-il. Donc le magasin a rouvert ses portes avec une réception festive. A l'époque on disait que ce joli magasin comportait quelques éléments intéressants de Jumbo ; chose que nous n'oserions plus répéter aujourd'hui. Actuellement le sujet est trop délicat.

 

Le gendarme de la concurrence

C'est la deuxième fois déjà qu'Albert Heijn fait un beau pied de nez aux Autorités de la concurrence. Après l'annonce de son retour à Lokeren, voilà maintenant que Leuven figure à nouveau sur sa liste d'expansion. Alors que la chaîne avait dû y céder son point de vente à Lidl pour pouvoir fusionner avec Delhaize, elle projette à présent d'y ouvrir un nouveau  magasin, comme si de rien n'était. Mais bon, le gendarme de la concurrence ne souhaitait-il pas plus de concurrence? Et bien voilà, il est servi. Bref, il semble fort probable qu'AH envisage à nouveau des ouvertures à Audenarde, Turnhout, Boortmeerbeek, Gand et Anvers.

 

Par ailleurs l'enseigne annonce une véritable collaboration avec le webshop bol.com, La logique même, mais il lui a fallu du temps pour s'en convaincre. Précisons que le partenariat n'est pas encore valable pour Delhaize. Wouter Kolk veut d'abord s'assurer que l'enseigne au lion parviendra enfin à remplir décemment ses rayons avant que de tels points de retrait ne mettent à nouveau toute l'organisation du travail sens dessus dessous. Il n'a pas tort.

 

La Grande Muraille de Chine

Et cette semaine, quelle nouvelle de nos sympathiques voisins hollandais ? Ce filou de premier ministre Mark Rutte a discuté en secret avec Jack Ma pour le persudader d'installer son centre de distribution européen, non pas à Liège, mais aux Pays-Bas. Quel hypocrite, cet homme : il a planifié son coup au moment précis où une importante délégation de RetailDetail était en visite au quartier général d'Alibaba à Ghanzhou. Sérieusement : notre Captain of Retail en personne  s'est rendu en Chine durant toute une semaine avec un groupe sélect de pros du secteur pour leur montrer l'immense avance de l'Empire du Milieu en matière de retail. Pourvu qu'ils ne rentrent pas trop déprimés.

 

Mais vu le programme hyper chargé, ils n'ont même pas eu le temps d'une visite éclair à la Grande Muraille de Chine. J'y suis donc allé à leur place. Dim sum, babi pangan, bami aux crevettes, poulet à la sauce aux haricots noirs : le tout pour 12 euros par personne et de quoi vous nourrir durant deux jours. Le chinois à emporter, un concept à succès, mais qui apparememnt est voué à disparaître. La jeune génération trouve le travail trop lourd et le consommateur préfère les sushis et les poké bowls branchés. Il ne manquait plus que ça. Alors qu'allons-nous manger ce soir ? Vendredi, autrefois c'était le jour du poisson, mais cette époque aussi est révolue depuis longtemps, Non pas qu'autrefois c'était mieux. C'est d'ailleurs pourquoi on l'appelle 'le bon vieux temps' :  il est bon parce qu'il est terminé. Tout comme cette rubrique. A la semaine prochaine!

 

Vous souhaitez recevoir chaque vendredi un résumé de l’actualité FMCG dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous ici pour la newsletter gratuite de RetailDetail Food.