Filet Pur : Misère, misère, misère

Filet Pur : Misère, misère, misère

Cette semaine le niveau d’alerte terroriste a baissé d’un cran, mais pas dans le retail alimentaire, plongé dans un véritable bain de sang. Y a-t-il un avenir après l’assainissement ? Découvrez-le dans ce résumé hebdomadaire pointu de RetailDetail Food !

Un bain asocial

Pas très correct, à notre avis, d’avoir fait attendre les fidèles collaborateurs de Carrefour Belgium quelques jours de plus que leurs collègues français pour connaître le verdict.  Dur à encaisser également qu’ils soient proportionnellement plus lourdement touchés, alors que le discours prononcé mardi par le CEO Alexandre Bompard laissait entrevoir une lueur d’espoir. La bourse a réagi avec enthousiasme, mais divers commentateurs – dont votre source d’info favorite RetailDetail – plutôt avec déception. Peut-être sommes-nous trop sévères ? Si son plan échoue, Bompard pourra toujours vendre le tout à Jeff Bezos,  et si son plan aboutit, de même, mais pour plus cher. Bref, toujours gagnant.


Au siège principal d’Evere la direction a tenu un discours assez froid, paraît-il (nous n’étions pas invités), pour annoncer la mauvaise nouvelle : 10% des emplois sont menacés. Selon les syndicats, il s’agit du énième bain de sang social, ou plutôt ‘asocial’, mais bon. Misère ! Bien entendu nous avons notre avis sur la question : nous n’avons pas de souvenir récent d’une grande restructuration qui ait amené une amélioration durable. Il faudra donc que la direction de Carrefour élabore un plan en béton, et rapidement. Mais à chacun son avis, évidemment.


1001 erreurs

Et pour comble, tout ce remue-ménage autour de Carrefour nous a empêchés d’assister à la fête annuelle du gratin des leaders d’opinion, à Davos. Ainsi nous avons raté, entre autres, le charmant speech de notre héros, Jack Ma, grand patron d’Alibaba. Les points forts de son discours ? « Le secret de notre succès réside dans le fait que nous avons tant de femmes parmi nos cadres supérieurs » ou encore « Le livre que je veux écrire sera intitulé ‘Alibaba : 1001 erreurs’ ». A vous de faire le lien entre ces deux citations.


Les retailers ne sont pas les seuls à devoir économiser, les fabricants aussi y sont contraints, qui plus est lorsque leurs partenaires-retailers annoncent leur intention de tailler dans l’assortiment et d’investir dans des baisses de prix. Ainsi Unilever, ‘afin de s’adapter aux changements dans le secteur du retail’,  a décidé de réduire son équipe de vente : certains postes seront supprimés, d’autres seront transférés vers des partenaires externes. Le géant anglo-néerlandais, lui non plus, n’en est pas à sa première restructuration. La cession imminente de la division des margarines n’y est pas étrangère. Il fut un temps où ce remarquable immeuble de bureaux au boulevard de l’Humanité était presqu’entièrement occupé par la multinationale, alors qu’aujourd’hui elle n’y occupe plus qu'un ou deux étages. Avec essentiellement des fonctions exécutives, car les vraies décisions sont prises ailleurs. Eh oui, c’est ainsi. Sign of the times.


Petits garnements

Pourtant tout n’est pas noir partout. Tout va bien par exemple chez Sligro Food Group, où le  bénéfice a dépassé les attentes. Sauf dans la division des supermarchés Emté, qui enfin est officiellement en vente. Jumbo trépigne déjà. Y aurait-il d’autres candidats-repreneurs ?


Le mois de décembre a été incroyablement lucratif pour Albert Heijn, qui aux Pays-Bas a réalisé une année impressionnante, avec une croissance de 6% et une nouvelle hausse de la part de marché. Contrairement à Delhaize qui fait du sur place. Mais il n’en fallait pas plus pour qu’ Ahold Delhaize parle d’une ‘légère amélioration’, alors que chacun sait que stagner, c’est régresser. Enfin, attendons voir. Toujours est-il que Delhaize, avec son action d’épargne de peluches en forme de fruits et légumes pour attirer de nouveaux clients, se voit déjà contrecarrer par Lidl qui organise exactement la même action aux Pays-Bas. Et nous qui pensions que Delhaize et Albert Heijn allaient collaborer plus étroitement ?


Entretemps AH installe des stations de mesure dans ses magasins, où les clients peuvent exprimer leur satisfaction en poussant sur un bouton ‘like’, comme sur Facebook. Delhaize a un dispositif semblable, et je vois sans cesse de petits garnements appuyer avec enthousiasme sur le bouton. De quoi collecter des données ultra-fiables !


Délires

Et pour couronner le tout, c’est un Hollandais qui nous apprend comment faire des frites et comment les vendre à prix exorbitants. Sergio Herman va exporter son ‘Frites Atelier’ à Gand, Bruxelles, Barcelone et Berlin. L’homme délire : il veut que ses fritures reflètent « l’ambiance d’une ancienne brasserie franco-amsterdamoise ». Nous n’inventons rien. Comme si cela pouvait exister !


« Sortez tout simplement, sans faire la file aux caisses », avaient-ils promis. Mon œil ! Avant de pouvoir sortir sans payer d’un tel magasin sans caisses, il faut d’abord pouvoir y entrer. Et c’était là le hic : des files d’attente à n’en plus finir, mais à l’entrée du fameux magasin Amazon Go, qui cette semaine a enfin ouvert ses portes au grand public. Toujours est-il que le magasin semble avantageux,  car quelques journalistes ont constaté après leur visite qu’ils avaient volé, involontairement. Le dispositif de pointe avait ‘oublié’ de facturer quelques produits. Ce n’est pas ainsi qu’ils parviendront à améliorer leur bénéfice. IBM pour sa part prétend avoir trouvé une meilleure solution : dans une station-service britannique le géant de l’informatique teste une caisse qui scanne d’un coup tout votre panier. Garanti antivol, paraît-il.


Général Bezos

Et ce n’est pas tout. Selon une analyse récente, la croissance d’Amazon dans le segment food l’an dernier a atteint plus de 50%, non seulement aux Etats-Unis, mais également en Europe. Solide performance, bien qu’il soit aisé de croître lorsqu’on part quasiment de zéro. En Amérique la banane est la référence la mieux vendue, alors qu’en Europe la catégorie bière, vin et alcool arrive en tête. Devons-nous en tirer des conclusions ? Rien d’étonnant donc à ce que le fabricant britannique de boissons alcoolisées Diageo publient d’excellents résultats. Selon ce même rapport, cela n’augure rien de bon pour les fabricants de marque. Amazon misera sur les MDD. Le point de basculement du e-commerce alimentaire serait-il en vue ?


En tout cas, mieux vaut être vigilant, car l’entreprise de Jeff Bezos semble vouloir ‘conquérir’ l’Europe au sens littéral du terme : ils y cherchent des (ex) militaires pour mettre sur pied les opérations logistiques. Une véritable armée donc. Le plan d’attaque nécessite des gars solides, des meneurs, ... pas des mauviettes. Si vous vous sentez appelés, posez votre candidature ici.


Interdiction sur les aliments réconfortants

Et pour terminer ceci :  nous ne pouvons plus manger ce que nous voulons. Nous risquons d’être privés d’aliments réconfortants, parce qu’ils ne sont pas assez durables. Une poêlée de scampis à l’ail ? Oubliez, car vous vous rendrez complice d’esclavage. Un sandwich garni pour le lunch ? Déconseillé, car vous mettrez la planète en péril. Pour l’environnement, une simple tartine à la confiture est le meilleur choix, selon une récente étude britannique, mais en revanche elle contient trop de sucre pour votre santé. Alors un verre de vin blanc pour oublier toute cette misère ? Non, car le mois de février s’inscrit sous le signe de la campagne ‘Tournée Minérale’. Et le vin au tofu créé à Singapour – rien que l’idée, beurk ! – a beau être durable, il contient quand même de l’alcool.


Alors une petite glace ? Peut-être : Cornetto lance une variante végane, à base de lait de soja et sans gluten, qui répond probablement aux exigences de fondamentalistes du food. Sur des forums internet il est parfois hilarant de suivre des discussions de végans qui se demandent par exemple s’il est permis d’éliminer les escargots qui anéantissent leur potager bio. Sérieusement. A notre avis, le seul choix cohérent pour un végan est de se  laisser mourir de faim, tout simplement. Nous vous l’annoncions : misère, misère, misère. Enfin, bon weekend quand même et à la semaine prochaine !

 

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