Filet Pur : Un éléphant à la caisse

Filet Pur : Un éléphant à la caisse

Comment l’industrie alimentaire espagnole se montre-t-elle sous son meilleur jour, pourquoi la concurrence food atteint-elle des sommets inégalés et à quand la disparition du job de caissière?  Réponse dans le résumé hebdomadaire de RetailDetail Food!

Lamentable !

Comme chaque année les supermarchés ont tenté d’appâter sournoisement le consommateur par une offre alléchante pour la Saint-Valentin, événement ô combien lucratif. Mais l’acheteur crédule en croquant le faux-fruit rouge en forme de cœur a bien vite constaté qu’il était dur, sans arôme, ni goût. Des fraises espagnoles en février : lamentable !


Tout comme cette authentique charcuterie espagnole, de fabrication artisanale, provenant de porcs malformés et malades, à en croire les images répugnantes. Delhaize et Colruyt ont immédiatement suspendu la collaboration avec l’abattoir incriminé. Les militants d’Animal Rights ont décidé de n’épargner aucun éleveur de bétail, ni abattoir, où qu’ils se trouvent en Europe ; de quoi donner des sueurs froides à tout le secteur food. D’ailleurs actuellement bon nombre de nos compatriotes ont décidé de diminuer, voire même bannir la viande de leur menu, avec pour principale motivation le bien-être animal. Et cette tendance ne devrait pas changer de sitôt, tant que l’industrie de la viande continuera de casser sa propre image. Bref, le timing idéal pour la nouvelle campagne ‘Try Vegan’ de BE Vegan et EVA, qui vise à inciter les consommateurs à manger végétal durant les 40 jours de carême.


Ouh là là!

N’y a-t-il pas suffisamment de concurrence dans le secteur food belge ? Visiblement non, car après le néerlandais Jumbo dont les envies transfrontalières sont manifestes, bien qu’il continue de tourner autour du pot,  voilà maintenant que les Français eux aussi ont jeté leur dévolu sur la Belgique : un premier magasin pilote Franprix (Groupe Casino) a ouvert ses portes à Bruxelles, non sans obstacles, comme l’indique la presse française : ‘Ouh là là, ça été difficile’ et ‘Ouh là là,  que de temps pour obtenir les permis’ et ‘Ouh là là, comme ce fut dur de traduire les emballages’. Ah ces Parisiens, on ne les changera pas !


L’arrivée  de l’enseigne citadine française est une mauvaise nouvelle surtout pour Carrefour Belgium, qui du coup voit arriver un nouveau concurrent pour son concept de proximité Express, tandis que ses hypermarchés sont à l’aube d’une pénible restructuration. C’est ce qu’on appelle être pris en tenaille. Carrefour est un animal blessé et Casino a flairé le sang.


L’éléphant dans la pièce

Entretemps des caissières en colère de quelques hypermarchés ont eu la brillante idée de boycotter les caisses de self-scanning dans le vain espoir de sauver leur peau. Or si les clients pressés sont obligés d’attendre encore plus longtemps aux caisses, ils ne reviendront carrément plus. Beau plan de sauvetage ! Un éditorial pointu du journal De Standaard suggère que Carrefour ferait mieux de convertir tous ses hypermarchés en format ‘supermarché’, mais tant la direction que les syndicats refusent de voir l’éléphant dans la pièce.


D’ailleurs, le self-scanning n’est qu’un phénomène temporaire. Le job de caissière est voué à disparaître. L’avenir est aux magasins de proximité, sans personnel, ni caisses qui reconnaissent le client à son visage. Toute comme l’épicier d’antan, mais autrement.  Le géant JD.com (qui compte  Walmart parmi ses actionnaires) envisage l’ouverture en Chine d’au moins 500 de ces mini-supermarchés entièrement automatisés, sous le nom mystérieux de ‘X.’ Quelle trouvaille !


Des bâtons dans les roues

Toujours à propos de Carrefour : le retailer n’avait-il pas annoncé qu’il miserait davantage sur l’e-commerce ? En effet, ce mois-ci le groupe ouvrira six nouveaux points de retrait Drive et  semble engager une guerre des prix au niveau des frais de livraison : ceux-ci seront réduits à 9,50 euros, juste un peu moins que les 9,95 euros facturés par ses concurrents Delhaize et Wink.be. Curieux de voir leur réaction et la réaction du consommateur bien entendu : la baisse des frais de livraison entraînera-t-elle la percée tant attendue des courses en ligne ? En tout cas aux Pays-Bas le mouvement semble amorcé. Mais peut-être des collaborateurs en colère de Carrefour mettront-ils littéralement des bâtons dans les roues des livreurs pour concurrence déloyale ? Possible, plus rien ne nous étonne.


Nullement surpris non plus d’apprendre l’opération de réconciliation de la famille Albrecht de la région d’Essen en Allemagne. Après une séparation de 57 ans Aldi Nord et Aldi Süd envisageraient une réunification sous une seule entité, afin d’unir leur puissance d’achat et de monter dans le classement mondial des retailers. Maintenant que les frères querelleurs Theo et Karl sont enterrés depuis bien longtemps, le voie vers une grande fête familiale semble ouverte. Les bouteilles de Veuve Durand ont déjà été mises au frais, paraît-il. Ou alors plutôt des bouteilles de Veuve Monsigny ? Aïe, pourvu que tout cela se termine bien.


Penalty raté

Et pour terminer ceci : le britannique Tesco – qui tout comme Carrefour exploite bon nombre d’hypermarchés –,  talonné par Aldi et Lidl, a décidé de riposter en créant sa propre chaîne discount. Les casseurs de prix allemands implorent déjà sa pitié. Mais est-ce une bonne idée ? Les lecteurs plus âgés se souviendront sans doute que certains retailers de chez nous ont tenté de faire de même dans un passé lointain.


A l’époque le prix de l’impudence a été décroché par Delhaize qui en 1976 a lancé l’enseigne Dial. Je répète : Dial. Vous avez saisi ? Mais ne vous y trompez pas : ce n’était pas un anagramme du nom de son grand rival Aldi, mais une abréviation de ‘Discount Alimentaire’. La chaîne a atteint le cap des 51 magasins, pour finalement fermer boutique en 1997. L’ancien GB a fait une tentative similaire en lançant un pseudo-Aldi, sous l’étendard Goal!. Un penalty raté, comme il s’est avéré après coup. A l’époque on en a conclu que le discount était un métier à part, nécessitant une organisation percutante et svelte et un état d’esprit complètement différent par rapport à une enseigne de  supermarché classique. Voir aussi : le mariage raté entre Carrefour et Dia dans les années 2000, ou encore entre Sainsbury’s et Netto en 2014. Cela m’étonnerait que cette conclusion ne soit plus d’application aujourd’hui, mais bon, si chez Tesco ils pensent que c’est une bonne idée, qui suis-je pour les contredire ? A la semaine prochaine !

 

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