Filet Pur : Votre portion d’absurdités spéculatives

Filet Pur : Votre portion d’absurdités spéculatives

Filet Pur : Votre portion d’absurdités spéculatives
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Here we go again : le retail alimentaire n’est autre qu’une guerre de tranchées. Mais qui sortira le consommateur de sa dépression hivernale ? Voilà la tâche ingrate qui incombe à RetailDetail Food dans son résumé hebdomadaire de l’actualité FMCG !

Un coup de pub orchestré

Cela ne vous aura certainement pas échappé : ces démarches traînantes en rue, ces regards vides dans les magasins, ses profonds soupirs au bureau … Eh oui, le consommateur belge est dépressif. La faute à Carrefour, qui nous rappelle la dure réalité : l’économie s’écroule et les perspectives pour les travailleurs sont peu encourageantes. Ceux qui ont encore du travail, devront travailler encore plus fort et ceux qui ont perdu leur travail pourront toujours aller postuler chez Lidl. Le fait qu’ils n’aient pas de self-scanning n’est qu’une maigre consolation. Mais cela ne devrait pas tarder, car même les exploitants indépendants de Spar vont tester les magasins sans caisses d’ici peu, paraît-il. Sérieusement ? Un magasin de proximité chaleureux sans  parlotte conviviale au check-out ? Où allons-nous ! En tout cas  cette semaine les militants pourtant combatifs des hypermarchés Carrefour n’ont pas incendié de Drive, que je sache. 


Mais peut-être l’action Tournée Minérale est-elle aussi un peu responsable de cette dépression hivernale. La campagne connaît un franc succès à en croire les chiffres publiés par Delhaize cette semaine : les vins, bières et mocktails sans alcool se vendent comme des petits pains. Mais pas de quoi nous égayer : un bon Bordeaux peut nous remonter le moral, contrairement à un petit verre d’eau aromatisée.


Peu de chance également que ce fameux coup de pub d’AB InBev arrive à nous dérider. La plupart des consommateurs belges n’ont en effet aucune envie de se faire surprendre avec une canette Belgium à la main. L’action a été imaginée par une agence de pub néerlandaise, ce qui explique tout. D’ailleurs n’avez-vous pas été étonnés que les médias indépendants se soient laissés embobinés à ce point par une campagne manifestement orchestrée ? Belle performance journalistique de nos collègues, qui se sont appuyés sur les dires d’insiders pour diffuser ces absurdités spéculatives.


Vin et chocolat

Et la ministre de la Santé Maggie De Block, parviendra-t-elle à nous faire sourire ? Elle examine la possibilité de créer un label qui permettrait au consommateur de déterminer d’un seul coup d’œil si un produit est bon ou mauvais pour la santé. Chère madame De Block, épargnez-vous cette étude. Pensez-vous réellement que les gens se réjouiront de découvrir un feu rouge sur chaque produit qu’ils ont envie de manger ? Ce qui nous intéresse vraiment est de savoir si l’aliment va stimuler les noyaux accumbens de notre cerveau, pour nous procurer un délicieux sentiment de plaisir. Le petit coup de blues hivernal ne se guérit-il pas mieux avec du chocolat, des chips et du vin rouge, plutôt qu’avec une carotte râpée et un cracker pauvre en sel ?


Quant à savoir si nous découvrirons des produits gourmands lors du salon professionnel bisannuel de l’alimentation fine, rien n’est moins sûr, sachant que les prestigieux prix Tavola d’Or ont été décernés à des chips sans gluten, des sandwichs végétariens et du riz de chou-fleur faible en calories. On se croirait dans un magasin diététique.


Pas d’abus de pouvoir

Combien paieriez-vous si vous pouviez vous-mêmes fixer les prix ? Une proposition alléchante ? Mais en fait la vraie question est la suivante : combien paieriez-vous en plus si vous pouviez vous-mêmes décider du prix ? Aha ! Là c’est déjà nettement moins tentant. Selon la coopérative ‘Qui est le patron ?’, les consommateurs seraient prêts à payer 1,05 euro pour un litre de lait demi-écrémé afin de soutenir les producteurs laitiers : c’est donc à ce prix que Carrefour propose les briques de lait. Le but est que d’autres produits et retailers suivent le mouvement, tout comme en France. Une noble initiative.


Pourtant certains groupements européens de supermarchés s’opposent à la proposition de la Commission européenne visant à garantir des prix plus élevés pour les agriculteurs. Une initiative inutile, qui ne fera qu’augmenter les prix pour le consommateur, estiment-ils. Toute insinuation d’un abus de pouvoir de la part des supermarchés est totalement fausse, ajoutent-ils ; une affirmation qu’ils auraient mieux fait d’éviter, puisque cette thèse a très vite été ébranlée par l’un de leurs propres membres, à savoir le sympathique discounter de Hal. Mauvais timing !


Un modèle d’entreprise en béton

Jef Colruyt est généralement zen, mais il ne faut pas chercher à l’irriter. La garantie du meilleur prix est une directive dont on ne peut dévier.  Plus encore : il s’agit de la seule entente sur les prix légale en Belgique. C’est à se demander pourquoi la garantie du meilleur prix n’a pas encore été reprise dans la constitution ou dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Donc si Nestlé augmente ses tarifs parce que les actionnaires exigent des marges plus élevées, le CEO reste intransigeant : non-négociable, point à la ligne ! Pour l’instant les amateurs de cacao Nesquik ou de lardons Herta devront donc se rendre chez Delhaize. Ils vont vite le regretter à Hal.


Eh oui, Jef apprécie les bras de fer et garde un bon souvenir de sa confrontation avec PepsiCo. Certes Nestlé est d’une pointure supérieure, mais Colruyt se sait soutenu par ses amis de l’alliance d’achat européenne Agecore, qui tous font du même sur leur propre marché. Selon certains fabricants, ces alliances d’achat ne sont autres  que des bandes de voyous qui chaque année exigent davantage d’argent, sans rien donner en retour, si ce n’est la garantie de ne pas venir défoncer vos vitres. Un modèle d’entreprise en béton, développé à Palerme dans un lointain passé, qui ensuite a été implémenté avec succès dans le reste du monde. Du moins, c’est l’une des versions de l’histoire. Car bien entendu le but premier de ces alliances est de créer en commun des  possibilités de croissance, de la valeur, des économies d’échelle, des effets de levier et des synergies. Qui pourrait critiquer une telle démarche ? A la semaine prochaine !

 

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