La popularité grandissante des bananes bon marché est « inquiétante »

En Belgique la banane discount gagne des parts de marché, les prix sont sous pression. De quoi inquiéter les producteurs, qui voient leurs coûts  sans cesse augmenter. Fairtrade Belgium tire la sonnette d’alarme : « Plusieurs chaînes de supermarchés ont déjà franchi le pas vers des bananes 100% Fairtrade. Le secteur belge doit suivre. »


Paradoxal

Aujourd’hui les bananes low cost représentent une part de marché de 27,5%, contre seulement 7,7% en 2016. Le Belge paie donc ses bananes de moins en moins cher. « Cet appétit grandissant pour les bananes discounts en Belgique est surprenant, car le consommateur semble attacher de plus en plus d’importance aux aspect durables d’un produit, et toutes les grandes enseignes de supermarchés proposent au moins une référence de bananes certifiées Fairtrade » explique Nicolas Lambert, directeur général de Fairtrade Belgium.


« C’est paradoxal : en 2018 une banane sur cinq était Fairtrade et cette année aussi nous constatons une progression, nous espérons donc arriver à une proportion d’une banane sur quatre. Mais à l’autre extrémité du spectre nous constatons également une croissance des bananes à moins de 1,09 euro : si un retailer s’y met, les autres sont obligés de suivre. C’est une spirale négative. Le segment moyen est donc sous pression et les prix baissent. Le prix de vente moyen de 1,51 euro est trop bas et ne tient pas compte de coûts cachés comme les bas salaires, les mauvaises conditions de travail et les dégâts environnementaux. »


« La banane low cost cache bien ses coûts »

 « Si aujourd’hui nous payons moins pour un kilo de bananes venues d’Amérique latine que pour un kilo de pommes belges, c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Ça pose question, car les agriculteurs belges ont aussi besoin d’un meilleur prix pour leurs produits. Une chose est certaine: la banane low cost cache bien ses coûts», souligne Lambert.


La baisse des revenus est un grand problème pour les cultivateurs, qui en même temps voient leurs coûts de production augmenter d’année en année. En outre la récente épidémie de fusariose (un champignon très nocif pour les bananiers qui a contaminé deux plantations colombiennes cet été) est une réelle menace. Des investissements sont nécessaires, mais impossibles vu les prix bas que touchent les producteurs pour leurs bananes.


Transition durable

« Pourtant, des solutions existent », affirme Nicolas Lambert. « En Europe, plusieurs chaînes de supermarchés ont déjà franchi le pas vers des bananes 100% Fairtrade. D’autres s’engagent dans des projets pilotes allant plus loin encore, visant par exemple à garantir un revenu vital au travailleurs de plantations. Le secteur belge doit suivre pour entamer la transition vers un secteur de la banane durable, qui garantit un revenu vital aux producteurs. Les enjeux sont importants et exigent une réponse forte et le soutien et l’engagement de toutes les parties prenantes. Car le modèle actuel montre que quand un acteur décide de baisser les prix, les autres ressentent la pression pour s’aligner… coûte que coûte. »


Afin que les producteurs de bananes obtiennent un prix équitable, Fairtrade Belgium met les bananes à l’honneur durant la Semaine du commerce équitable (du 2 au 12 octobre). L’organisation appelle chacun à être aussi honnête qu’une banane Fairtrade, en partageant sur Instragram une photo de soi avec une banane devant la bouche, accompagnée d’une confession sincère.