Le marché fermier virtuel Fermet veut 'de l’argent frais pour les produits frais'

Le marché fermier virtuel Fermet veut 'de l’argent frais pour les produits frais'

C’est leur passion commune pour le développement durable et l’innovation qui a poussé Aline Juliá et Katrien Barrat à créer Fermet, un marché fermier virtuel.

 

L'AirBnB de l’agriculture

Fermet est un marché fermier virtuel. Qu’est-ce à dire ? « On pourrait dire de Fermet qu’il est le AirBnB des fermiers et des produits frais » explique Katrien Barrat. « Une plate-forme internet qui met en contact direct fermiers et consommateurs. » Agriculteurs et éleveurs proposent des produits que les consommateurs leur commandent ou leur achètent directement. Fermet se charge de la logistique.

 

La particularité du concept tient à la marge : Fermet promet que la moitié du prix de vente revient aux fermiers. « Nous leur demandons de fixer eux-mêmes ce qu’ils estiment être un prix juste, que nous multiplions alors par deux. Ce peut être moins, histoire de rester compétitif par rapport aux supermarchés. En échange, nous exigeons qu’ils fournissent leurs plus beaux produits. Mais jamais les fermiers ne sont perdants » précise Aline Juliá.

 

« Il est étonnant de voir comment ils abordent cette question. Il arrive qu’ils ne sachent pas eux-mêmes ce que signifie un prix ‘juste’, c’est à dire un prix qui soit viable pour eux. Lorsque l’on analyse les prix pratiqués dans les criées, on constate que les acheteurs les maintiennent au plus bas le plus longtemps possible. La rentabilité des fermiers est très faible. Dans certains cas, de l’ordre de 5% à peine. »

 

Plus la chaîne est courte, plus elle est efficace

« Nous voulons montrer au consommateur ce qu’est réellement un produit frais et quel en est réellement le juste prix » poursuit Katrien Barrat. La démonstration est possible quand on travaille sur une chaîne courte et transparente estime-t-elle. « Il y a beaucoup à gagner en termes d’efficacité. Aujourd’hui, les légumes d’un cultivateur d’Ypres sont vendus à la criée de Roulers, expédiés au centre du retailer avant d’être vendus dans un supermarché de Bruges, à quelques kilomètres de leur lieu de production. A l’opposé de ce schéma, Fermet propose de travailler localement et ‘community-based’. »

 

On peut même envisager que la logistique soit assurée par la communauté locale. « Nous visons l’autosuffisance au niveau local qui, seule, permet de payer un juste prix. Ce serait formidable qu’un réseau de ‘fixers’ fasse le lien entre le fermier et le client individuel : ces fixers pourraient se rémunérer en enlevant les produits chez le fermier et en assurant la livraison à domicile. »

 

Donner un visage aux fermiers

Rendre un visage aux fermiers est l’un des objectifs principaux de Fermet et, d’après Julia, l’une de ses grandes forces. « Le story-telling, transmettre une histoire, est essentiel. Nos clients sont nos ambassadeurs, ils racontent et se font eux-mêmes l’écho de l’histoire. Nous le constatons tous les jours. »

 

Fermet a débuté cette année avec un groupe-test de 99 personnes habitant Anvers. Le projet-pilote a duré quatre semaines et tous les participants ont eu la possibilité de donner leur feedback. « Nous leur avons nous-mêmes posé des questions. Nous avons ainsi découvert que si le premier groupe – les ‘early adopters’ – était motivé par le juste prix à payer aux fermiers, la réflexion allait plus loin : les produits sont plus frais que frais et tous apprécient de consommer des produits les plus frais possible. »

 

En outre, tous les fermiers sélectionnés par Fermet sont, d’une manière ou d’une autre, concernés par le développement durable. Tous ont fait des efforts sur ce plan, efforts rarement rétribués à leur juste valeur dans les rayons des supermarchés voire tout simplement pas entendus.

 

Aline Juliá : « Nous leur laissons la liberté de s’exprimer sur notre plate-forme et tous estiment qu’il est important de pouvoir le faire. Je ne donnerai qu’un exemple : la ferme Iona Zorghoeve, qui nous fournit des citrouilles, emploie des personnes déficientes mentales : pour elles, cela constitue un formidable débouché. »

 

Un modèle ‘peer-to-peer’ plus transparent

Katrien Barrat insiste sur le fait que la plate-forme doit pouvoir s’autogérer : « Chaque fermier dispose de son propre webshop et, pour ce qui nous concerne, notre rôle se résume à prévoir des relais pour fixer un prix juste et à organiser la logistique. Il s’agit purement de faciliter le commerce ‘peer-to-peer’. D’ici peu, chacun de nos fermiers sera en mesure de se débrouiller seul. Nous n’avons pas l’intention de segmenter à l’avance : sur un ‘vrai’ marché, vous trouvez aussi d’autres produits que des produits bio ou des produits d’une ferme éducative. C’est pourquoi, et pour autant qu’ils soient ‘durables’, des gros producteurs pourront, eux aussi, utiliser la plate-forme. »

 

Tout le monde doit avoir la possibilité d’accéder à une alternative au modèle classique du retail affirment les deux jeunes femmes. « Aujourd’hui, les coûts de production ont dépassé les prix à la consommation. C’est intenable et ne peut durer. Nous voulons avoir un impact réel sur le modèle de fixation des prix et pour y arriver, nous avons besoin de grandir. »

 

L’extension du modèle Fermet à l’ensemble du pays est déjà en préparation. Katrien Barrat : « Grâce au système des community managers (les fixers qui font le lien) et aux performances ICT de notre plate-forme, le concept est tout à fait ‘exportable’. Notre intention n’est pas de créer une énième coopérative de fermiers, mais bien que les fermiers ou des projets semblables puissent s’arrimer au nôtre et utiliser notre plate-forme comme base de commercialisation de leurs produits. »

 

Rendre autonomie et résilience

« Le monde change. Les groupes de distribution de type ‘Tesco’ éprouvent bien des difficultés face à l’émergence d’alternatives à leur modèle mais aussi face à des scandales à répétition. L’alimentation n’est pas à prendre à la légère et le consommateur l’a bien compris. Aussi faut-il rendre au ‘local’ autonomie et résilience. C’est plus écologique, plus sain et plus durable » conclut une Katrien Barrat très combative.

 

« Nous n’allons évidemment pas révolutionner le retail : notre projet se limite à la commercialisation de quelques produits frais. Mais il est bon que des alternatives fassent concurrence au modèle en place. En outre, Fermet revendique une dimension sociale : tous les bénéfices sont réinvestis. On pourrait dire, de l’argent frais pour des produits frais. »

 

Aline Juliá en Katrien Barrat viennent présenter leur projet en exclusivité lors du RetailDetail Congress le 23 avril à Schelle. Inscrivez-vous encore vite sur retaildetail.eu/events.

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