« La taxe kilométrique coûtera 120 à 170 millions d’euros au secteur alimentaire »

« La taxe kilométrique coûtera 120 à 170 millions d’euros au secteur alimentaire »

A partir du 1er avril les camions de plus de 3,5 tonnes devront payer un montant variant entre 7,4 et 29,2 cents par kilomètre parcouru. Bien que personne ne s’oppose au principe, la manière dont le système est instauré suscite de vives critiques.

« Il est normal que les camionneurs étrangers paient aussi »

Quasi tout le monde – les camionneurs en premier – est d’accord sur le principe que « le pollueur/utilisateur paie », y compris les chauffeurs étrangers. « L’idée n’est pas mauvaise. Nous payons des taxes sur les routes françaises, italiennes et espagnoles depuis des années. En Allemagne aussi ils appliquent le système, il n’est donc pas étonnant que cette mesure arrive également en Belgique », affirme Marc Van Grootel de la société de transport Groover International à Oelegem (Province d’Anvers). Benedicte Van Wonterghem d’Antoine Trucks partage cet avis : « Je trouve normal que les chauffeurs qui traversent la Belgique doivent payer. Nous aussi nous payons à l’étranger. »


Toutefois ils ont certaines exigences : ainsi les camionneurs demandent à ce que « les revenus de cette taxe soient investis dans notre infrastructure routière. Non seulement il devrait y avoir davantage de routes et de meilleures routes, mais il faudrait également beaucoup plus de parkings où les chauffeurs de poids lourds peuvent se reposer. Ils doivent savoir pourquoi ils paient », explique Van Wonterghem.


Van Grootel pour sa part déplore que le système ne soit pas instauré à l’échelle européenne : « Ce qui me frustre, est que l’Europe applique différents systèmes et qu’en Belgique nous parvenions même à utiliser trois systèmes et deux tarifs. Essayez d’expliquer cela à un étranger. S’ils instauraient quelque chose de tel aux Pays-Bas ou en Scandinavie, ce serait le chaos total. »


Multiples critiques sur la mise en œuvre du système

Les fédérations sectorielles et les organisations d’entrepreneurs elles non plus ne mettent pas en cause l’introduction de la taxe kilométrique, mais plutôt la manière dont le système est instauré. « Le système n’est pas au point techniquement, est trop cher et n’a pas d’impact sur la mobilité », résume la fédération du commerce Comeos. « Si un camion emprunte par exemple une route parallèle à une autoroute, ce déplacement est enregistré comme étant effectué sur cette autoroute. Le transporteur devra donc payer une taxe kilométrique indue », indique Dominique Michel, CEO de Comeos.


Précédemment la fédération du transport Febetra avait déjà laissé entendre que six sociétés sur dix avaient rencontré des problèmes techniques lors de la mise en œuvre du système. L’association sectorielle Transport & Logistiek Vlaanderen menace même de se tourner vers la justice si dans une première phase les camionneurs, qui « à partir du 1er avril ne sont pas tout à fait en ordre,  uniquement suite à des erreurs de système chez Satellic (partenaire technique) », sont tout de même sanctionnés. Les organisations d’indépendants Unizo et SNI pour leur part plaident pour une période de rodage avec une politique de tolérance.


La deuxième critique porte sur le coût du système. Le surcoût sera répercuté sur le client, indiquent les transporteurs et les entrepreneurs. Comeos estime que ce surcoût, rien que pour la chaîne alimentaire, se situerait entre 120 et 170 millions d’euros. « Pour donner un exemple simple : une lasagne se trouvant en magasin a parcouru une certaine distance. Tout d’abord, les ingrédients doivent être acheminés vers le producteur ; ensuite, le produit fini doit être transporté du producteur vers les dépôts des magasins, pour finalement être distribué dans les supermarchés. Le prélèvement kilométrique rend chacune de ces étapes plus onéreuse », indique Dominique Michel.


« Nous ne sommes pas contre la taxe kilométrique », souligne Dominique Michel, « mais celle-ci doit avoir un impact sur la mobilité, ce qui n’est pas le cas avec la réglementation actuelle », qu’il qualifie « d’opération purement financière, sans effet positif sur notre mobilité. » Les entrepreneurs flamands de Voka sont sur la même longueur d’onde que Comeos. Tous deux demandent une taxe kilométrique intelligente, variant en fonction du moment et de l’endroit du déplacement. « Avec ce système, les transporteurs roulant en dehors des heures de pointe, bénéficieraient d’un tarif plus avantageux, contribuant ainsi à réduire les embouteillages », indique Comeos. Voka y ajoute qu’une « taxe intelligente ne peut fonctionner que si elle est valable pour tous les usagers de la route, y compris les voitures. »