Analyse : la cession de Blokker Belgique soulève de nombreuses questions

Blokker winkel in Aalst

La cession des magasins belges de Blokker à Dutch Retail Groep livre un vainqueur incontestable. Pour les autres parties concernées l’incertitude est grande. Un vendeur de stocks excédentaires peut-il assurer un avenir durable à 670 employés ?


Sursis à l’exécution ?

L’entrepreneur Michiel Witteveen a sans aucun doute poussé un soupir de soulagement après la signature du contrat portant sur la cession de Blokker Belgique à Dutch Retail Groep. Il se voit enfin débarrassé d’un gros souci. Mais les employés ont-ils eux aussi des raisons de se réjouir ? Et qu’en est-il des propriétaires des locaux commerciaux ? Les avis à ce sujet divergent.


Durant au moins un an tous les magasins existants resteront ouverts, personnel inclus : une garantie que l’entrepreneur Dirk Jan Bon semble avoir donné aux syndicats. Est-ce une année de sursis à l’exécution ou peut-il garantir aux 123 magasins et 670 employés un avenir durable à plus long terme ? En tout cas Dutch Retail Groep se montre très ambitieux : le chiffre d’affaires est censé augmenter de 60 millions d’euros aujourd’hui à 200 millions d’euros d’ici cinq ans. L’entrepreneur place donc la barre très haut.


Défi logistique

Comment Bron compte-t-il atteindre cet objectif ? « En vendant des airfryers de 200 euros à 80 euros », comme il l’a expliqué aux syndicats. La vente de stocks excédentaires est un modèle d’entreprise valable : Action lui doit son ascension fulgurante. Ce type de commerce trouvera certainement son public : les chasseurs de bonnes affaires ne manquent pas. Mais les magasins discount et les casseurs de prix aussi sont omniprésents : outre les discounters non-food  bien connus et des chaînes comme Chronostock et Big Bazar, bon nombre d’acteurs locaux sont également actifs dans ce segment. Mega World ne s’attaque donc pas à un terrain vierge.


Le déploiement d’un tel modèle d’entreprise dans 123 points de vente amènera très certainement des économies d’échelle : une couverture nationale ou la possibilité d’accroître rapidement sa notoriété. Quant à l’aménagement des magasins, pas besoin d’investir : il suffira de commander 123 enseignes. Toutefois cela représentera un défi logistique de taille : proposer chaque semaine un assortiment surprenant et attrayant dans 123 magasins, n’est pas une mince affaire. S’ajoute à cela le défi financier, car comment payer les salaires de 670 employés et les loyers de 123 magasins en vendant des stock excédentaires à prix cassés. Dès lors les syndicats craignent une augmentation de la charge de travail, avec des tâches physiques plus lourdes. Mais y a-t-il une alternative ?


Repreneur inconnu

Et enfin le repreneur lui-même pose question : Dirk Bron, un entrepreneur peu connu, qui évite la presse. En tant que fondateur de la chaîne Aktiesport il a écrit une success story et en tant que repreneur de quinze magasins de Superconfex en 2006 il s’est aventuré dans un sombre dossier. Depuis lors on sait peu de choses sur ses activités professionnelles : il semble particulièrement discret. Les informations concernant son véhicule Dutch Retail Groep BV sont tout aussi rares : deux sociétés sont enregistrées sous ce nom, l’une à Waddinxveen (Hollande-Méridionale) et l’autre à Made (Brabant-Septentrional). A part ça, aucun autre détail n’est disponible. Certes, il serait déloyal de faire le procès  de l’entrepreneur avant même qu’il ait eu l’occasion de se prouver. Néanmoins tout cela ne nous inspire pas grande confiance …


Quoi qu’il en soit, il y a un vainqueur incontestable à l’issue de cette transaction : Michiel Witteveen, qui se voit délivré d’un boulet, une branche déficitaire sans perspectives d’avenir. Désormais Mirage Retail Group pourra se concentrer pleinement sur l’amélioration des performances de Blokker aux Pays-Bas (ce qui n’est pas une sinécure non plus) et le développement de chaînes telles que Big Bazar, Intertoys et Maxi Toys.