"Les grands retailers européens flambent l'argent"

Bon nombre de grands groupes de distribution détruisent la valeur actionnariale plûtot que d'en créer : leurs investissements ne sont pas rentables, tout simplement, affirme le professeur en retail Marcel Corstjens.

Problème britannique

Le britannique Tesco, par exemple, a flambé 12,8 milliards d'euros depuis 2004. Durant cette même période Carrefour a vu partir en fumée environ 2,2 milliards d'euros de capital investi. Récemment Ahold Delhaize et Metro sont passés dans le rouge, explique Corstjens sur le site German Retail Blog. Le professeur se base sur des chiffres de Bloomberg concernant l'Economic Value Added (EVA) ou la valeur économique ajoutée, un indicateur permettant de mesurer les véritables performances financières d'une entreprise. En gros l'EVA est la différence entre le bénéfice opérationnel net par rapport au coût du capital investi. Une EVA négative signifie donc que les investissements ne sont pas rentables et qu'il est donc question de destruction de la valeur actionnariale.

 

Sur ce plan Carrefour est un cas problématique depuis des années, estime Corstjens, tout comme les retailers britanniques d'ailleurs. Depuis des années trois des quatre plus grandus distributeurs au Royaume-Uni détruisent de la valeur, et le quatrième (ASDA) a récemment jeté l'éponge pour fusionner avec Sainsbury. Preuve que le marché est en grandes difficultés : la croissance des discounters Aldi et Lidl met les grands acteurs sous pression. Etant donné qu'ils ne parviennent pas à se distinguer, ils sont  en proie aux guerres des prix. En outre la croissance de petits magasins de proximité constitue également un défi pour ces retailers : ils ont trop de magasins de grand format et doivent investir dans la proximité. En même temps l'e-commerce génère de la croissance, mais pas (encore) de rendement.


Management défaillant

Mais il y a également de bons élèves, notamment les distributeurs BIM, Jeronimo Martins ou encore Colruyt. Bien qu'ils soient confrontés aux mêmes défis structurels, ils parviennent à créer de la valeur. C'est le cas également pour les chaînes américaines Walmart, Kroger et Costco, par exemple Selon le professeur, les discounters Aldi et Lidl, eux aussi, génèrent de la valeur, mais les chiffres en question ne sont pas disponibles. La destruction de valeur témoigne avant tout d'un management défaillant.


En outre une EVA négative n'est pas toujours un mauvais signe : les gros investissements sont parfois nécessaires et ne génèrent du bénéfice qu'à long terme. L'an dernier AB InBev par exemple avait une EVA négative suite aux coûts liés à la reprise de SABMiller. Amazon aussi affiche une EVA négative, vu ses gros investissements dans la technologie. Mais contrairement aux retailers britanniques, l'entreprise connaît une croissance exponentielle et prévoit un bon retour sur investissement - et apparemment les investisseurs y croient.