Les retailers en débat avec les politiciens : la flexibilité et le travail de nuit restent problématiques

Parmi les politiciens, peu sont favorables à une ‘taxe GAFA’, tandis que les avis sur une plus grande flexibilité du travail sont partagés. Par contre, quasi tous sont d’accord d’imposer les mêmes taxes et obligations environnementales à tous les retailers et de diminuer les charges sociales sur les salaires les plus bas.

Flexibilité et travail de nuit

A l’approche des élections la fédération du commerce Comeos a organisé un débat électoral réunissant dix politiciens de premier plan. Au cours de ce débat qui a attiré un public nombreux, les retailers ont soumis aux politiciens  quelques propositions concrètes pour quitter définitivement le 20ème siècle. « Trop souvent nous sommes encore bloqués au siècle dernier, car la législation n’a pas changé, ni les idées de certains politiciens. Notre message est le suivant : donnez-nous les moyens de nous adapter », commente Dominique Michel, CEO de Comeos.


Ainsi Koen Tengrootenhuysen de Decathlon demande à ce que durant les trois prochaines années les entreprises aient la possibilité, sur base volontaire,  d’adapter l’organisation du travail, indépendamment des accords collectifs. « Nos propres collaborateurs étaient d’accord d’introduire le travail de nuit pour l’e-commerce sur base purement volontaire, mais les organisations syndicales nationales externes à l’entreprise s’y sont opposées. Privilégiez l’intérêt des collaborateurs et laissez-les décider eux-mêmes. » Cette proposition a suscité des réactions partagées : comme attendu, les partis socialistes continuent de préférer les négociations collectives (« parce que le 21ème siècle ne peut devenir celui de la concurrence sauvage »), tandis que les libéraux plaident pour une plus grande liberté de mouvement (« chez nous la nuit commence déjà à 20h, tandis qu’aux Pays-Bas elle ne commence qu’à minuit. »). Les partis CD&V et Groen craignent une pression économique, mais sont favorables aux projets pilotes, tandis que la N-VA veut instaurer des zones moins sévèrement réglementées et des CCT au niveau de l’entreprise. 


Les mêmes règles pour tous

En revanche la proposition consistant à imposer les mêmes règles, taxes et obligations environnementales à toutes les entreprises a fait l’unanimité. « Un frigo identique, qui vous coûte 2.198 euros chez Amazon, vous coûtera 2.499 euros  sur un webshop belge d’électroménager », calcule Domnique Michel. La différence se situe au niveau de la TVA et de la cotisation recupel. En plus, Amazon vous reprend votre ancien frigo. Jerome Gobbesso, CEO de Newpharma, témoigne de son combat à armes inégales : son concurrent hollandais a le droit de faire de la publicité à la télé et d’afficher les réductions sur son webshop, tandis qui lui, non. « Nous serons contraints de traverser la frontière. Du coup cela solutionnera le problème du travail de nuit », conclut-il avec cynisme.

 

Grande controverse par contre concernant la taxe GAFA, qui vise les grandes entreprises digitales étrangères qui ici ne paient (quasi) pas de taxes. Au niveau européen rien ne bouge. Alors pourquoi pas une loi belge, propose le cdH ? Pour bon nombre de partis cette proposition va trop loin :  ils ne veulent pas d’une taxe d’intimidation de 3% sur le chiffre d’affaires. Cette question doit être réglée au niveau européen.


Opportunités pour les personnes peu qualifiées

« Les électeurs sont obligés de se présenter, mais pas nos clients : ils viennent quand ça leur convient, donc un général aux heures qui nous coûtent le plus cher, notamment le soir et pendant le weekend. Pourrait-on flexibiliser les charges salariales ? », demande Patrick Vandenbogaerde, directeur général de Brico. Comeos constate que le taux de chômage reste élevé auprès des personnes peu qualifiées. « Le retail pourrait embaucher ces personnes, mais c’est précisément pour cette catégorie que le handicap salarial est le plus important, comparé aux Pays-Bas », précise Dominique Michel. La fédération du commerce plaide donc pour une réduction de moitié des charges sociales sur les salaires de moins de 2200 euros brut. Tous les partis se disent d’accord, sauf le PS.

 

Et pour terminer Comeos, en collaboration avec les autorités, souhaite rédiger un agenda de durabilité, avec des objectifs bien définis. « En tant que retailer nous ressentons déjà les conséquences du changement climatique », indique Philippe Weiler, responsable durabilité chez Lidl. « Le gouvernement fait trop peu. Formulons ensemble des objectifs ambitieux, basés sur des constats scientifiques et conformes à l’accord de Paris sur le climat. » Là aussi la plupart des partis adhèrent à cette proposition, à l’exception du Sp.a.


Conclusion ? « J’ai remarqué que les politiciens connaissaient très bien les dossiers, ils s’étaient bien préparés. J’ai aussi été agréablement surpris  de constater que pour certaines propositions quasi tous  nous suivaient. Par exemple, à la question de réduire les charges sociales sur les salaires les plus bas, tous les partis, à un près,  ont répondu par l’affirmative », conclut Dominique Michel avec satisfaction.