« Les masques, le nouveau papier toilette », déclare Corneel De Maeyer, PDG de Veritas

« Les masques buccaux, le nouveau papier toilette », déclare Corneel De Maeyer, PDG de Veritas
Photos : RetailDetail

« Veritas est de retour ! » Le PDG, Corneel De Maeyer, a été clair : le détaillant est prêt à rouvrir en toute sécurité lundi. La dynamique est favorable : le bricolage a le vent en poupe et la demande de masques buccaux explose.

 

Veritas comme commerce test

« 110 de nos 126 magasins rouvriront leurs portes lundi. Nous sommes le premier détaillant non essentiel à rouvrir en Belgique, donc tout le monde a les yeux rivés sur Veritas : nous sommes le commerce test. Nous devons faire les choses correctement afin que nos collègues puissent également rouvrir le plus rapidement possible », reconnaît le dirigeant. « Mais nous sommes prêts, nous avons tout mis en œuvre pour gérer la situation de manière très professionnelle. »

 

Dans le flagship store d’Anvers, situé rue Leysstraat, voilà comment se traduisent concrètement les mesures de sécurité : Veritas n’autorise que dix clients en même temps dans le magasin. Un compteur automatique de clients et un moniteur à l’entrée permettent de gérer le flux de clients. Les clients sont invités à se désinfecter les mains et à utiliser un sac de courses. Une fois dans le magasin, ils doivent suivre un tracé imposé, indiqué par des flèches et délimité par des rubans. De plus, ils doivent maintenir entre eux une distance de sécurité suffisante. Un seul client est autorisé par rayon. Les cabines d’essayage sont fermées. Le détaillant s’attend un afflux majeur dans le rayon bricolage, où les tissus et les rubans pour fabriquer des masques buccaux sont prêts : « Les masques buccaux, c’est le nouveau papier toilette », déclare De Maeyer en riant.

 

Défi logistique

Ces dernières semaines ont véritablement été en montagnes russes pour la chaîne de magasins. « Après la flambée du coronavirus, nous avons d’abord constaté une demande considérable dans le secteur du bricolage : de la laine pour le tricot et le crochet, du matériel créatif pour occuper les enfants... Une véritable explosion. » Veritas était-il prêt ? « Pas tout à fait : en temps normal, nous traitons environ 200 colis par jour et, d’un coup, nous devons en envoyer 2 000 à 2 500... C’est un défi logistique de taille ! Nous avons beaucoup évolué sur le plan opérationnel : comment pouvons-nous optimiser le processus ? Nous avons travaillé en deux équipes, une équipe du matin et une équipe du soir, afin de pouvoir traiter toutes les demandes. »  

 

« Ensuite, nous avons été confrontés à une deuxième vague : la demande de masques buccaux. Tissus, élastiques, rubans... On se lance dans une quête de tonnes d’élastiques et de rubans, juste au moment où le monde entier cherche la même chose. Heureusement, nous avons de bons fournisseurs qui ont approvisionné Veritas en priorité. » Il nous assure qu’il y a suffisamment de stock : « Nous avons actuellement un million de mètres de ruban et d’élastique. Nous avons 300 000 pièces de tissu en stock et 150 000 mètres de tissu. Nous avons avancé très rapidement, l’achat s’est fait directement, et nous avons désormais suffisamment de pièces de tissu pour masques buccaux pour approvisionner toute la Belgique. »

 

Malgré le succès de la boutique en ligne, la fermeture obligatoire des magasins est dramatique pour l’entreprise : « Nous avons perdu quatre-vingts pour cent de notre chiffre d’affaires. Le chiffre des ventes en ligne a été multiplié par dix, mais cela ne compense pas les ventes de nos 126 succursales. Ce chiffre d’affaires est perdu. Et nous prévoyons également une baisse des ventes dans nos magasins d’au moins trente pour cent d’ici la fin du mois de septembre. Heureusement, beaucoup de nos produits ne sont pas très saisonniers (le matériel de couture, la laine...), contrairement aux détaillants du prêt-à-porter, qui ont un approvisionnement purement saisonnier. C’est un revers difficile, mais nous serons en mesure de remonter en partie la pente. »

 

Faire des choix plus judicieux

« Veritas est de retour », assure De Maeyer. La crise du coronavirus survient juste après une période particulièrement turbulente pour la chaîne qui, après quelques années difficiles, veut prendre sa revanche avec une nouvelle administration et de nouveaux actionnaires « Je suis vraiment très heureux avec les actionnaires. Erwin Van Osta, Walter Van Gastel, Mark Van Hool... ce sont de vrais détaillants. Nous avons des actionnaires qui savent ce qu’est la vente au détail. C’est une grande chance pour notre entreprise. »

 

« Veritas existe depuis 127 ans et nous sommes le leader du marché des tissus et des collants. Dans le passé, nous avons peut-être fait preuve de trop de modestie et nous avons parfois voulu en faire trop. Désormais, nous allons prendre plus de décisions et nous allons nous focaliser sur ce que nous savons faire, et écarter le reste. Nous supprimerons donc certains produits de notre gamme. Avons-nous réellement besoin de lunettes de lecture dans notre gamme de produits ? Je veux me concentrer sur nos points forts : les collants, plus de lingerie et des articles de bricolage ; plus de choix en matière de tricot, par exemple. Nous venons de mener une campagne fantastique avec le slogan “une pelote, un pull”. Beaucoup de gens ont ressorti leurs crochets pour relever le défi de confectionner un pull entier avec une seule pelote de laine. Ce sont des actions en lesquelles nous croyons. »

 

Pendant le confinement, beaucoup se sont en effet remis à la couture et au tricot pour s’occuper. Le dirigeant espère-t-il que cette mode se poursuivra après la crise du coronavirus ? « Bien entendu. Aujourd’hui, nous constatons que de nombreuses personnes, y compris des jeunes, s’y sont remises. Elles aiment aussi partager leurs créations artisanales. Nous avons des groupes fermés sur Facebook où les gens peuvent échanger des conseils, partager des photos... Donc, il y a vraiment eu un déclic. Les clients attachent à nouveau plus d’importance à la durabilité et au fait maison. C’est pourquoi, en tant qu’entreprise, nous sommes contre les masques jetables, les masques doivent être plus écologiques. »

 

Beaucoup de solidarité

De Maeyer bénéficie d’un bel élan de solidarité en cette période de crise, y compris de la part des propriétaires des espaces commerciaux. « Je vais à leur rencontre en ce moment et les réactions sont très positives. Hier, un premier propriétaire m’a octroyé une exonération de loyer jusqu’en juin, puis 40 % jusqu’en septembre. Nous évoluons vers une relation plus équilibrée avec les propriétaires. Avant la crise du coronavirus, le niveau des loyers était en réalité beaucoup trop élevé. Je pense qu’il va y avoir une stabilisation à un niveau de loyer correct. »

 

Il souligne également la solidarité entre collègues : « Bon nombre d’entre eux nous demandent si nous pouvons leur procurer des masques buccaux. Il y a également une forte demande de la part des villes. Hier, j’ai reçu une commande de 32 000 mètres d’élastiques pour une ville... Les gens recherchent tous ces produits, et ils peuvent les trouver chez Veritas. Mais notre rôle est également social : nous ne réalisons pas de grosses marges sur ces produits. Cela ne remplira pas nos caisses, nous remplissons une mission sociale. »