Opinion : « Rouvrez les magasins, l’heure est grave ! »

Opinion : « Rouvrez les magasins, l’heure est grave ! »
Photo : Jorg Snoeck, RetailDetail par Peter Bak

Notre gouvernement veut-il vraiment que les consommateurs belges achètent tous leurs cadeaux de fin d’année en ligne à l’étranger ? La réouverture sécurisée des magasins doit désormais être la priorité : c’est tout un secteur qui menace de s’effondrer.

 

Les commerçants sont désespérés

Tous les jours, la rédaction de RetailDetail reçoit des e-mails et des appels téléphoniques de commerçants en colère, au bord du désespoir. Ils voient leur entreprise, souvent l’œuvre de toute une vie, s’écrouler des suites de choix politiques dramatiques. Plus de la moitié des travailleurs indépendants sont actuellement sous pression mentalement et financièrement. Tous les détaillants ont besoin de perspectives, et encore plus maintenant à l’approche d’un mois crucial. En France, les magasins rouvriront en fin de semaine. Aux Pays-Bas et en Allemagne, ils n’ont jamais été soumis à une fermeture obligatoire. Alors que des millions d’euros de chiffres d’affaires s’envolent de la petite Belgique, au profit des magasins frontaliers et des webshops étrangers. Bon nombre d’entreprises locales risquent de faire faillite. Que décidera notre gouvernement vendredi ?
 

Nous tenons avant tout à souligner une chose : la sécurité et la santé des employés et des clients restent bien sûr la priorité absolue, qu’il n’y ait aucun doute là-dessus. Mais la politique floue qui a été menée ces derniers jours ne repose en rien sur des considérations sanitaires : il ne s’agissait que d’amateurisme intolérable. Que nous ayons été les plus mauvais élèves pendant la première vague passe encore, mais que nous en soyons encore là aujourd’hui est une insulte éhontée au citoyen et au secteur de la santé, qui doit systématiquement ramasser les pots cassés.

 

Coupes claires dans l’horeca et le commerce de détail

Le débat sur le coronavirus est ouvertement polarisé, généralement au nom d’un motif commercial ou politique. Cependant, une surenchère de déclarations fortes conduit principalement à la perte des perceptions et à des décisions à très court terme avec des conséquences majeures, nous faisant parfois perdre de vue le panorama global. Un gouvernement qui s’appuie trop sur l’expertise unilatérale des experts et sur des modèles de calcul automatisés risque de perdre le contrôle. Pour corriger le déséquilibre, nous devons avoir une vision plus large de cette pandémie.
 

Les secteurs belges pour lesquels le nombre absolu de faillites connaitra la plus forte augmentation sont l’alimentation et les boissons, et le commerce de détail. Cela entraine une perte d’emplois, qui plus est dans un groupe très vulnérable. Les employés de l’horeca et de la vente au détail n’appartiennent de fait pas aux catégories de salaires les plus élevées. La société est durement touchée, d’autant plus que ces secteurs emploient au moins un tiers de la population active de plus de 4,4 millions de personnes, et ce sans compter les fournisseurs. La polarisation, avec un écart croissant entre les riches et les pauvres, s’immisce également dans la société.

 

10 milliards d’euros perdus

Dans la sphère entrepreneuriale, nous nous dirigeons également vers une concentration de pouvoir encore plus grande. Avec l’effondrement de nombreuses entreprises, les « bonnes affaires » arrivent sur le marché sur lequel les plus riches et les plus puissants (pensez à « Big Six » avec Google, Amazon, sans oublier les Chinois d’Alibaba et de Tencent) se jetteront avidement. Inconsciemment, les dirigeants poussent de plus en plus les entreprises locales hors du marché. Au cours du premier semestre, le gouvernement belge est passé à côté de 10 milliards d’euros de recettes fiscales à cause du confinement total.
 

Qu’avons-nous appris de la vague précédente ? Rien !!! Où est notre ministre du numérique ? Son message est-il « Chers consommateurs, achetez en ligne... de l’autre côté de la frontière »  ?  Où est cette application de tracing ? Qu’ont fait ces traceurs de contacts pendant tout ce temps ? La semaine dernière, les détaillants de mode étaient rue de la Loi. Ils n’ont pas été entendus ! Pire encore, ils ont été renvoyés ! Nous avons toutefois suffisamment de ministres dans ce pays. S’il y a des rubans à couper, ils se pavanent volontiers aux côtés de ces mêmes commerçants.

 

Un choix de vie ou de mort pour le commerce

Lorsque nous en étions à peine à 200 nouvelles contaminations par jour, Luc Van Mol (ZEB) déclarait déjà :  « Prenez simplement le téléphone ». Si ne fut-ce qu’un milliard avait été prévu pour mettre en place un véritable « contact tracing » ou pour investir dans les soins de santé, nous n’aurions peut-être pas à craindre la faillite de la Belgique à l’heure actuelle. La dette publique atteint des niveaux intenables, dixit la Banque nationale, qui indique également que nous devons assumer 200 000 chômeurs supplémentaires. Le gouvernement doit donc dépenser plus, tout en recevant moins. Rien que cette année, cela représente une progression de notre niveau d’endettement à 120 %, et celui-ci pourrait bien être encore plus élevé après 2022. La Banque nationale elle-même estime que la situation est intenable et prévient que le pire reste encore à venir. Et ce sans compter sur un « scénario catastrophe », comme le deuxième confinement que nous vivons actuellement. Le Bureau fédéral du Plan craint qu’à la fin de cette année, un dixième de Belges en plus percevront un revenu d’intégration. Qui va cracher cet argent perdu pour le gouvernement ? Moi je dis le citoyen… vous et moi, donc !
 

La sécurité et la santé des employés et des clients restent bien sûr la priorité absolue, qu’il n’y ait aucun doute là-dessus. Mais verrouiller le pays à cause d’un gouvernement chancelant relève du pur amateurisme. Le fait que les décideurs politiques s’acharnent sur l’horeca et le commerce, pourtant deux des principaux employeurs du pays, dépasse l’entendement. Les rues commerçantes sont désertes, les coûts fixes sont toujours dus et nous nageons dans un bain de sang économique. Il faut que ça cesse : nous nous sommes assez laissés faire. La « distanciation sociale » est un choix de vie ou de mort, un vaccin est en vue. Mais s’il vous plait, n’en faites pas un choix de vie ou de mort pour le commerce.

 

Éviter un tsunami de faillites

C’est un équilibre difficile : des gens meurent tous les jours. Mais il y a aussi des entreprises mourantes, mettant en péril de nombreux foyers. Nous devons le répéter encore et encore : après la réouverture des magasins en mai, il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de contaminations. Les chiffres ne sont vraiment devenus incontrôlables qu’après l’assouplissement irresponsable et flou des mesures anti-coronavirus par le gouvernement Wilmès à la fin de l’été. Une erreur fatale qui nous a particulièrement coûté cher. Mais ce n’est pas la faute du commerce de détail.
 

Nos pays voisins le prouvent : les magasins peuvent rouvrir en toute sécurité pour ce mois de décembre crucial. De cette manière, les achats de fin d’année peuvent être étalés sur un mois, sans risque d’afflux excessif. La réouverture des magasins locaux résout également le problème de capacité auquel sont confrontés les services de livraison de colis, comme bpost. Mais surtout, la réouverture immédiate est essentielle pour éviter de justesse un tsunami de faillites dans le secteur du commerce de détail. L’heure est grave…

 

Détaillants, faites entendre votre voix

Chers commerçants, entrepreneurs de l’horeca, fournisseurs : faites entendre votre voix à ceux qui ont été élus par le peuple. L’union fait la force ! Si vous rejoignez les nombreux entrepreneurs désespérés qui nous ont demandé ces derniers jours d’exprimer leurs griefs, diffusez massivement ce message. Pour que les élus sachent que s’ils nous abandonnent, nous les abandonnerons lors des prochaines élections !

 

Jorg Snoeck
RetailDetail