Filet Pur : Un trou noir d’une ampleur record

Filet Pur : Un trou noir d’une ampleur record

Nos supermarchés s’efforcent de proposer de la viande toujours meilleur marché, mais restent néanmoins scandaleusement chers. Y a-t-il une logique derrière tout cela ? Découvrez-le dans le résumé hebdomadaire révélateur de RetailDetail Food !

Au profit de la vente de tofu

Le regretté Stephen Hawking, physicien de génie, considérait l’existence d’une vie extraterrestre dans l’univers comme très plausible, tout en ajoutant qu’une vie intelligente était beaucoup moins probable, puisque même sur notre planète Terre elle devait encore naître. De fait, le scandale Veviba nous l’a prouvé : durant des années la viande bio aurait fait l’objet de fraudes et l’organisation de protection des animaux GAIA a jugé nécessaire d’y ajouter des images dégoûtantes d’élevages industriels de poules. Question timing on aurait pu faire mieux, mais bon. « Nous risquons de nous détruire nous-mêmes par notre avidité et notre stupidité », prévenait le défunt scientifique il y a des années déjà. Du coup, les ventes de tofu atteignent des niveaux records. Même Wim Ballieu, fils de boucher et roi de la boulette, affirme que « d’ici 20 ans nous ne mangerons plus de viande. »


La faute au consommateur, évidemment. S’il n’était pas continuellement et frénétiquement à la recherche du morceau de viande le meilleur marché possible, les fournisseurs ne s’adonneraient pas à la fraude. Telle était  du moins l’explication donnée dans les médias par quelques experts autoproclamés. La faute au consommateur ? Non, finalement il n’y peut rien, il a tout simplement été mal éduqué par nos supermarchés. La guerre des prix entre les chaînes de magasins presse les fournisseurs de viande comme des citrons et les pousse au désespoir. Beau raisonnement, sauf qu’en Belgique il n’y a pas de guerre des prix. Bien au contraire,  les supermarchés belges sont facilement  10% plus chers par rapport aux pays voisins et l’écart se creuse chaque année davantage. Même Stephen Hawking, s’il était encore parmi nous, ne pourrait l’expliquer.


Une bagarre des prix

Pas besoin de théorie des cordes, ni même de physique quantique pour trouver une explication : c’est la faute au gouvernement, tout simplement, crient la Fevia et le BABM à l’unisson. Les frais salariaux sont trop élevés, l’énergie est trop chère, les accises montent en flèche. Le terme ‘pays de singes’ n’a pas été prononcé, mais il s’en est fallu de peu. Selon Comeos, c’est avant tout la faute aux multinationales, qui imposent des prix trop élevés aux commerçants impuissants. Mince alors, Comeos ferait-il référence à Pepsico et Nestlé ? Imaginez que pour comble l’on instaure d’ici peu une consigne sur les bouteilles en plastique, comme les Pays-Bas l’envisagent ? Nous n’osons y penser : un trou noir économique d’une ampleur record.


Mais après mûre réflexion, la vérité nous a sauté aux yeux : c’est la faute à Colruyt, qui ne suit pas les prix, mais fixe les prix. En d’autres termes : Jef ne vend pas ses produits meilleur marché qu’il n’est strictement nécessaire. Il n’est pas fou, après tout. Et comme Colruyt est une entreprise si efficace, aucun de ses concullègues n’a envie de se lancer dans une bagarre des prix. Ils préfèrent ne pas réagir. Et au final le consommateur paie une note trop élevée. Certains commentateurs espéraient pourtant une petite guerre. Dans l’intérêt du consommateur, cela va de soi.


Frans Colruyt, et non pas son cousin Jef, s’est vu contraint de réagir dans la presse. « Les multinationales utilisent notre pays afin de compenser les promotions dans les autres pays », explique-t-il au magazine Trends. Touché ! Même pas peur non plus de d’Ahold Delhaize, qui fait pareil : « Ils compensent leurs promotions par des réductions de prix sur d’autres produits. » Par contre face à Amazon, le COO se montre plus inquiet, à tel point que l’enseigne envisage la livraison à domicile, mais de manière écologique. Actuellement Colruyt vend pour 350 millions de produits alimentaires online et est ainsi de loin le leader du marché dans le segment. D’ici peu le COO viendra nous réexpliquer tout cela en détail lors de notre inégalable RetailDetail Congress. Soyez au rendez-vous !


Un immense plaisir du travail

Ou alors serait-ce la faute à Albert Heijn ? Qui paye la facture pour ces prix bas ? Seraient-ce les migrants qui travaillent dans les centres de distribution d’Albert Heijn : des intérimaires polonais qui explorent les limites de la flexibilité du travail. Ils travaillent dur  et sont mal payés, mais ils l’acceptent. Toutefois la manière dont ils sont  rabroués et intimidés sur leur lieu de travail commence à dépasser les bornes. « J’ai l’impression d’être une callgirl ! », affirmait l’une d’entre elles. Bien qu’une callgirl soit généralement mieux payée. Du moins, c’est ce que nous avons entendu par ouï-dire.


Quel contraste avec l’immense joie professionnelle chez RetailDetail. Le plaisir du travail y est tel que de joyeux collègues se lancent des compliments à longueur de journée, voire même le soir, la nuit et le weekend, car chez nous la flexibilité n’est pas un vain mot. Kris Peeters devrait venir jeter un coup d’œil, de préférence accompagné de tout le secteur du e-commerce. Comme le disait Stephen Hawking : « La vie serait tragique si elle n’était pas si drôle. » Le scientifique se serait sans doute bien entendu avec le frigo intelligent de Samsung, qui d’ici peu deviendra encore plus intelligent. Désormais les clients d’Albert Heijn pourront non seulement vérifier le contenu de leur frigo à distance, mais également commander directement les produits manquants via l’app Appie.


Une race de singe bien développée

Passons aux bonnes nouvelles de la semaine. Lors du salon délicieusement professionnel Tavola, nous avons dégusté des délicatesses à volonté et Delhaize nous a invités à venir goûter les nouveautés avant de les proposer en rayon. Journaliste retail, quel dur métier. Heureusement nous avons échappé au burger à base de vers de farine d’Ikea.


Autre gourmandise les œufs de Pâques que d’ici peu nous engloutirons à nous en rendre malades. Chaque année le même défi : comment discerner les œufs au chocolat blanc, que vous ne pouvez avaler, des œufs au praliné noir dont vous raffolez. Quelle couleur d’emballage correspond à quel goût ? Une enquête journalistique fouillée, menée par nos collègues du journal Gazet Van Antwerpen, démontre que les retailers et les fabricants de chocolat n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un code couleur logique et cohérent. Les œufs au chocolat blanc dans un emballage vert chez Delhaize, mais jaune chez Lidl ; ceux au chocolat au lait dans un emballage bleu foncé chez Carrefour et Colruyt, mais violet chez Delhaize. Comment s’y retrouver ?


« Nous sommes tout bonnement une race de singe développée sur une planète inférieure d’une étoile très banale. Mais nous sommes capables de comprendre l’univers. C’est ce qui nous rend spéciaux », affirmait Hawking. Mais par contre nous sommes incapables d’emballer correctement un œuf en chocolat. La Fevia, le BABM, Choprabisco et Comeos ne pourraient-ils se réunir pour trouver une solution à ce problème ? Merci d’avance ! A la semaine prochaine !

 

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