Analyse : le doute continue de planer sur Blokker

Analyse : le doute continue de planer sur Blokker

Blokker Holding a beau percevoir les premiers signes de redressement malgré une énorme perte, les observateurs par contre restent sceptiques quant aux chances de survie du groupe. Et qui donnerait encore un cent pour les activités belges ?

Pile ou face 

Bien que Blokker Holding s’attende à ce que l’exercice 2018 se termine également avec une sérieuse perte, les actionnaires confirment néanmoins leur confiance dans la stratégie et l’avenir. Bref, ils continuent d’injecter de l’argent dans l’entreprise. Beaucoup d’argent ? Mais combien de temps cela peut-il encore durer ? La légère amélioration observée chez Blokker Pays-Bas durant le dernier trimestre est-elle une raison suffisante pour croire au sauvetage ?


Tant le professeur Cor Molenaar que le conseiller en marketing Paul Moers estiment que Blokker a fait les bons choix stratégiques et renouera avec la croissance d’ici quelques années. Mais tout le monde n’est pas de cet avis. « Ce sera très difficile pour Blokker », explique Kitty Koelemeijer de la Nijenrode University à la fondation de radio-télévision néerlandaise NOS. L’expert en retail Frank Quix de Q&A tient le même discours : « Ce sera pile ou face ». De plus, le fait que le groupe ne donne aucune explication concernant les chiffres, ni aucun détail concernant la situation en Belgique, laisse planer le doute.


« Aucun Blokker belge n’est rentable »

L’expert en retail Jorg Snoeck de RetailDetail exprime de sérieux doutes concernant l’avenir de Blokker Holding. « On peut se poser des questions sur la gérabilité de l’entreprise. Après le récent départ du CEO du holding et du CEO de Belgique et vu le départ imminent du CFO Jeroen Visser, on peut parler d’une véritable décapitation au sein du management. Le groupe a dû de toute urgence nommer un CEO intérimaire en la personne de Michiel Witteveen. » Et ce au moment même où l’entreprise a besoin d’un leadership solide.


En outre le parc de magasins, dont dispose encore le groupe, est bien trop grand. « Au moins 40% des magasins Blokker devraient fermer. Et puis il y a le problème ‘Xenos’ : les meilleurs magasins ont été cédés à Casa, tandis que Blokker Holding se retrouve donc avec les magasins les moins performants, dont ils ne pourront jamais se débarrasser. » Et que penser de la Belgique ? Le groupe reste très silencieux quant aux résultats des premiers magasins belges transformés. « Je ne pense pas qu’il y ait ne serait-ce qu’un seul magasin Blokker belge rentable. Je crains le pire … »


Bref, est-ce le début de la fin ? « Un moment donné il n’y aura plus d’argent. Si le management ne parvient pas rapidement à inverser la vapeur, les banques décrocheront elles aussi. Les problèmes de Blokker sont les problèmes qu’éprouvent de nombreux retailers qui durant des décennies ont adopté avec succès une stratégie copier/coller avec des produits standards. Aujourd’hui il leur manque un caractère distinctif. La transparence de l’online les a coulés, ils ont raté le train du e-commerce. Actuellement les clients ne se contentent plus d’un concept standard, ils exigent une offre sur mesure. »