"Les sweatshops existent aussi au sein de l'UE"

Pas besoin d'aller jusqu'au Bangladesh pour trouver des ouvriers travaillant dans des conditions pitoyables pour un salaire de misère, affirme la Campagne Vêtements Propres. En Bulgarie aussi - au sein de l'Union européenne - des couturières travaillent pour H&M pour 98 euros par mois.

Moins de 100 euros par mois

Un nouveau rapport de la Campagne Vêtements Propres révèle qu'au sein de l'Union européenne aussi des travailleurs sont encore exploités : ils fabriquent des vêtements pour de grandes marques dans des conditions lamentables pour un salaire de misère. L'organisation pointe H&M du doigt, après avoir contrôlé des usines de fournisseurs du géant suédois en Inde, au Cambodge, en Turquie et en Bulgarie.

 

Dans une usine en Bulgarie, qui fabrique des vêtements pour la marque suédoise, des ouvriers textiles travailleraient jusqu'à 24 heures d'affilée pour un salaire de moins de 100 euros par mois, soit à peine 10% du minimum vital. En Inde et en Turquie les ouvriers touchent un tiers du salaire viable.

 

Nettement en-deçà du seuil de pauvreté en Bulgarie

"On entre dans l'usine à 8h du matin, mais on ne sait pas quand on en ressortira. On travaille 7 jours sur 7, parfois même 24 heures d'affilée, en plus du shift du jour d'après. Ceux qui s'évanouissent, sont licenciés. Ceux qui refusent le travail supplémentaire, ne sont pas autorisés à rentrer chez eux, car le patron décide quand les bus partent", témoigne un travailleur de l'usine bulgare de Koesj Moda, pourtant un soi-disant 'gold supplier' de H&M. Pour une semaine de travail normal de 40 heures les ouvriers touchent un salaire de 98 euros par mois. C'est pourquoi ils sont nombreux à faire des heures supplémentaires, ce qui leur rapporte un salaire mensuel moyen de 258 euros, soit une rémunération nettement en-deçà du seuil de pauvreté de l'UE.

 

Outre en Bulgarie, les enquêteurs ont égalment découvert des pratiques contraires à l'éthique  dans d'autres pays : en Inde, un travailleur interrogé sur trois se serait déjà évanoui d'épuisement et de malnutrition pendant le travail ; au Cambodge la proportion est de deux ouvriers sur trois. Là encore il s'agissait d'usines de partenaires préférés de H&M, qui se sont vu accorder le label 'platinum supplier' par le groupe suédois.

 

Promesse non tenue

La Campagne Vêtements Propres reproche à H&M de ne pas avoir tenu sa promesse : en 2013 le géant suédois s'était en effet engagé à ce que tous les 850.000 ouvriers textiles travaillant pour le groupe touchent un salaire décent d'ici 2018. "Il est clair que les travailleurs qui cousent des vêtements chez les soi-disant 'meilleurs' fournisseurs de H&M, continuent de toucher un salaire de misère", souligne Sara Ceustermans de la Campagne Vêtements Propres.

 

H&M pour sa part indique que 655 usines ont amélioré les salaires et/ou ont mis en place une représentation des travailleurs, élue démoctratiquement. Le groupe suédois dit poursuivre ses efforts et espère que le reste de l'industrie suivra. Car en effet H&M n'est certainement pas le seul groupe de mode à être concerné :  une enquête récente du New York Times révèle que les couturières italiennes des marques de luxe MaxMara et Louis Vuitton ne gagnent que 1,5 euro par heure.