Ce n’est pas la première fois que des adhérents d’Intermarché Belgique se plaignent de la façon dont les choses se passent chez les Mousquetaires : les magasins qui ont connu des difficultés après le rachat de Mestdagh sont poussés à la faillite, afin que le groupe puisse les racheter pour une bouchée de pain.
Lacunes logistiques
Après que L’Echo, Le Soir et RetailDetail, entre autres, aient publié plusieurs articles sur l’agitation persistante chez Intermarché Belgique à la suite de quelques faillites, la RTBF s’est désormais elle aussi penchée sur le dossier. La chaîne publique francophone a contacté des commerçants et des experts pour un reportage diffusé vendredi dernier au journal télévisé. Dans celui-ci, un groupe d’adhérents, représentant ensemble environ 10 % des magasins belges de la chaîne, témoigne à nouveau des abus au sein du groupe. La plupart le font de manière anonyme, par crainte de représailles.
Ces témoignages confirment des déclarations antérieures : les Mousquetaires semblent s’être surestimés en rachetant quelque 80 magasins de l’ancien franchisé Carrefour Mestdagh en 2022. Une opération qui a permis à Intermarché de plus que doubler le nombre de ses points de vente en Belgique, pour atteindre 166 magasins. Mais l’organisation ne semblait pas prête : dans la période qui a suivi l’acquisition, des problèmes ont commencé à surgir au niveau informatique et logistique, ce qui a conduit les magasins à faire face à des livraisons erronées ou manquantes, avec un impact dramatique sur le chiffre d’affaires et les marges. En 2024, selon un document auquel la RTBF a pu avoir accès, 30 % des marchandises commandées n’ont jamais atteint les rayons.
Un euro symbolique
Entre-temps, 60 % des magasins Intermarché sont dans le rouge. Le groupe joue le rôle de banquier : en 2023, les magasins devaient 13 millions d’euros au groupe ; en 2025, ce montant a explosé pour atteindre 45 millions d’euros. Mais lorsque la maison mère française envoie Laurent Boutbien, un proche du PDG Thierry Cotillard, en Belgique pour remettre de l’ordre dans les affaires, la politique change.
Les magasins en difficulté se retrouvent au pied du mur : ils doivent désormais payer leurs commandes à la livraison. Selon l’expert en franchise Pierre Boseret, c’est un coup de grâce qui conduit les magasins concernés à la faillite : « Je ne vois pas lequel peut s’en sortir avec des règles pareilles. » Selon plusieurs témoignages, le groupe tente de racheter les magasins en difficulté pour un euro symbolique afin de les revendre ensuite à un autre franchisé.
Le groupe reconnaît l’existence de conflits
Face à la RTBF, Intermarché n’a souhaité réagir que par e-mail : le groupe reconnaît que des conflits existent avec certains adhérents, mais confirme également la bonne santé financière de l’entreprise et la solidité de son modèle. Face à RetailDetail, le directeur exécutif Arnaud Meyrant et l’adhérent Benoît Debusschere ont réagi en février en indiquant que les chiffres rouges d’Intermarché Belgique sont la conséquence logique des investissements liés au rachat de Mestdagh et à la modernisation nécessaire des magasins.
« L’année dernière, nous avons enregistré une croissance de 6 % pour atteindre près de 2 milliards de chiffre d’affaires, malgré la suppression du tabac qui représentait 2 % de notre chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaires par m² est déjà presque revenu au niveau d’avant le rachat de Mestdagh », déclaraient-ils alors. « Avec le rachat de Mestdagh, nous avons gagné vingt ans. Nous n’allons pas nous arrêter là. »
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