Shein investit 500 millions d’euros supplémentaires dans son infrastructure logistique polonaise. Le géant chinois de la mode souhaite ainsi non seulement accélérer ses livraisons, mais aussi réduire les expéditions directes depuis la Chine. De cette manière, cet acteur de la « fast fashion » échappe également aux règles douanières européennes plus strictes.
Des colis chinois aux entrepôts européens
Shein consacre cette année 500 millions d’euros à l’extension de ses activités logistiques autour de Wrocław, en Pologne. Depuis 2022, le montant total des investissements en Pologne s’élève ainsi à un milliard d’euros. La région est en passe de devenir le principal pôle logistique de Shein pour le marché européen.
La capacité des entrepôts augmentera de 25 % pour atteindre près d’un million de mètres carrés, soit environ 140 terrains de football. Plus de 6 500 robots autonomes assurent la gestion des stocks, le tri et la préparation des commandes. D’ici fin 2026, Shein prévoit d’y employer plus de 10 000 personnes.
Cet investissement devrait réduire considérablement les délais de livraison. Sur plusieurs marchés européens, les clients peuvent déjà recevoir leurs commandes en moins de 48 heures. Par ailleurs, Shein souhaite ouvrir son infrastructure logistique à davantage de marques et de vendeurs européens sur sa place de marché.
L’Europe ferme la porte d’entrée, Shein passe par l’arrière
« Grâce à cet investissement, nous mettons en place des activités européennes plus efficaces, plus flexibles et plus résilientes », déclare Leonard Lin, responsable des affaires publiques chez Shein. Cette résilience s’exerce notamment face aux nouvelles taxes européennes : depuis le 1er juillet, une taxe de trois euros de droits de douane s’applique aux petits envois en provenance de pays hors UE, et depuis le 1er novembre, deux euros de frais de traitement viennent s’y ajouter.
En acheminant les marchandises en plus grands volumes vers des centres de distribution européens et en les expédiant localement à partir de là, Shein peut éviter ces taxes sur les colis individuels en provenance de Chine. Cela ne signifie toutefois pas que les produits échappent totalement aux droits de douane : lors de l’importation de lots plus importants, les règles douanières applicables restent en vigueur.
La concurrence chinoise s’implante en Europe
Les marques européennes jouent également un rôle croissant. Depuis l’ouverture des nouvelles installations logistiques en avril 2025, plus de 500 marques polonaises ont déjà eu recours aux capacités de stockage et de distribution de Shein. La plateforme souhaite étendre ce modèle notamment à l’Allemagne, à la France, à l’Italie et à l’Espagne.
Les détaillants européens sont ainsi confrontés à un paradoxe : les mesures visant à freiner l’afflux de colis chinois bon marché pourraient, au contraire, inciter les concurrents chinois à s’ancrer plus solidement sur le sol européen. Shein passe ainsi du statut de challenger en ligne lointain à celui de concurrent organisé de manière de plus en plus locale.
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